En septembre, au potager, on a l’impression que tout est fini alors que non. La terre tient encore la chaleur d’août, les nuits commencent à baisser, et on se demande si on a encore le droit de semer quelque chose. Chez moi, en Auvergne, la réponse est oui, mais pas n’importe quoi et pas comme en mai.
Je sème encore de la mâche, des épinards et des navets, et je prépare la place pour l’ail. Les courgettes et les tomates, j’arrête. Si vous cherchez quoi planter en septembre au potager, le vrai menu tient à peu près là-dedans, et le reste relève du catalogue de jardinerie.
Le guide du potager rassemble le reste de l’année. Ici je reste sur ces trois semaines où ça bascule.
Le vrai calendrier, chez moi
Les almanachs disent « septembre : semez ceci, plantez cela », et ils ont sans doute raison quelque part en France. Sauf que j’habite une maison un peu à l’écart, avec du jardin autour, pas un carré coincé entre deux haies de thuyas, et qu’ici le premier gel peut tomber en octobre, parfois plus tôt si on est dans un creux. Je ne suis donc pas le joli calendrier de la jardinerie, je suis la terre.
Mettez la main à dix centimètres, vers le 5, elle est encore tiède, et c’est de l’or pour faire germer une graine. La mâche et l’épinard aiment justement ça, des nuits fraîches et un sol qui ne gèle pas encore. Le navet, lui, veut pousser avant que les jours deviennent trop courts. La lumière suffit encore à lever une graine, elle ne suffirait plus à nourrir un plant de tomate qui partirait de zéro.
L’ail, je ne le mets pas les premiers jours, je prépare seulement. Je marque une bande, je la laisse se reposer, et j’attends souvent la mi-octobre. Planté trop tôt ici, il se réveille, un redoux de novembre lui fait croire au printemps, et ensuite ça pourrit dans la terre.
Madame me regarde de travers quand je ressors l’arrosoir en septembre, elle croit que la saison est pliée. Le chien, lui, veut surtout se faufiler entre les rangs, alors je ferme le portillon derrière moi.
Ce que je sème encore
La mâche, c’est vraiment mon septembre. Je la sème dans un carré libéré, après les dernières laitues ou là où une courgette a rendu les armes, et je sème clair. Vraiment clair. Une année j’ai vidé le sachet comme du sel sur un steak, ça a levé en tapis, les mâches a poussé serrées, puis tout a filé et pourri à la première vraie pluie. J’ai passé novembre à éclaircir avec une cuillère à café, ça m’a servi de leçon.
Je trace un sillon peu profond, je mélange un peu de terreau si la surface fait une croûte, et je sème comme si chaque graine coûtait quelque chose. Une pincée de terre par-dessus, un arrosage doux, et ensuite j’attends.
Les épinards, c’est la même histoire en un peu plus gourmand. Si la terre est fatiguée après les tomates, je ne lui demande pas de miracle : une couche fine de compost, ou un peu de terreau travaillé dans les premiers centimètres, jamais un sac déversé en tas. Ils aiment la fraîcheur, les nuits qui baissent les aident, les après-midi à 25 °C beaucoup moins. Je leur cherche une bande avec un peu d’ombre, le long de la haie, mais pas sous le hêtre.
Les navets, c’est rapide, et c’est bien ce qui me plaît à cette saison. Une rangée courte, je ne remplis pas le jardin avec. Si ça marche on les mange en novembre, si ça rate j’ai perdu un sachet et une heure. Semis clair là encore, parce que trop dru, vous récoltez des ficelles.
L’ail, donc, pas encore en terre. J’achète les caïeux quand je les vois, je les garde au sec dans le cabanon, et je prépare une bande qui draine, parce que l’argile d’ici colle dès les premières pluies. Si je plante dans une flaque, ça pourrit, alors je décompacte et je laisse reposer.
Ce que je fais encore, concrètement :
- de la mâche, en vagues, tous les dix jours si j’ai de la place
- une ou deux rangées d’épinards
- une poignée de navets
- la bande d’ail, vide, qui attend
Je n’ouvre pas un nouveau rayon en septembre, celui-là suffit largement.
Ce que je ne plante plus
Les courgettes, j’arrête, même si un pied fait encore des fleurs. Les fruits de septembre restent petits, l’oïdium s’installe, et j’en ai déjà assez au congélateur pour tenir jusqu’à Noël. Quant à mettre un plant neuf maintenant, chez moi c’est une blague, il aurait à peine le temps de démarrer.
Les tomates, pareil, pas de plants neufs. Celles qui sont encore là, je les garde debout, j’enlève encore les gourmands s’ils s’emballent, et j’attends que les dernières se colorent. Je ne relance pas une pépinière au moment où les jours raccourcissent.
Le basilic, les haricots, les concombres, c’est non aussi. J’ai déjà tenté « une dernière rangée » pour voir, et la rangée est restée une rangée.
Si vos courgettes débordent encore, coupez-les, mangez-les, donnez-les autour de vous, mais n’espérez pas un second été. Je l’ai fait en 2022, semis le 8 septembre parce qu’il restait des plants sur le rebord du cabanon, et je n’ai rien eu du tout : nuits fraîches, puis fête des limaces.
Le sol en septembre
C’est là qu’on se précipite, moi le premier. On voit un carré vide, on verse un sac « universel », on sème. La terre est encore chaude, d’accord, mais elle est aussi souvent fatiguée, tassée par trois mois d’arrosage et de passages.
Je gratte la surface, je tire ce qui a fini, et je ne retourne pas tout comme un forcené. Une fourche légère suffit. Si les premiers centimètres font une croûte, j’ajoute un peu du terreau que je prends vraiment, mélangé dedans, pas en couche que la pluie va lessiver en deux averses.
Pour l’ail plus tard je veux du drainage, pour la mâche je veux un lit de semence fin, et ce n’est pas le même geste. Le reste de l’année, le guide du potager en parle plus posément que moi ici.
Les premières feuilles qui tombent, je ne les jette pas toutes : une partie ira au compost, une partie paillera. J’ai déjà noté ailleurs que faire des feuilles mortes. En septembre c’est encore un peu tôt, mais celles du hêtre, le long de l’allée, commencent déjà.
Les bêtes et l’eau
Les limaces de rentrée, voilà le vrai septembre. Terre chaude, humidité qui revient, jeunes plantules bien tendres, c’est du bonbon pour elles. Je sors avec une lampe après dîner et je les ramasse. Ce n’est pas glamour, je vous l’accorde, mais ça marche mieux que les granulés que je mettais partout avant.
Les limaces aime surtout les jeunes pousses de mâche, alors je pose aussi une planche le long du rang et je regarde dessous le matin. Ça ne coûte rien à essayer.
Pour l’eau, j’arrose moins, les nuits font une partie du travail. Le sol en profondeur n’est pas toujours sec même quand la surface a l’air grise, donc je vérifie au doigt avant de sortir l’arrosoir. Les oyas que j’ai plantées sous les tomates, je les remplis moins souvent, parfois une fois par semaine, parfois j’oublie et ça va quand même. En revanche je n’arrose plus le feuillage le soir, parce que septembre a encore des journées lourdes et que le mildiou n’est pas parti en vacances.
Si vous arrosez encore tous les matins parce que c’était comme ça en août, allez regarder la terre d’abord. Vous arrosez peut-être pour rien, et en prime vous invitez les limaces.
Un petit calendrier de trois semaines
Semaine 1, vers le 1er : je dégage les courgettes qui ont fini, je gratte, et je sème la mâche avec une rangée d’épinards. Je regarde les tomates au passage, sans en planter de nouvelles.
Semaine 2 : je sème les navets si la première pluie a ramolli la croûte. Je reviens sur la mâche pour éclaircir si j’ai encore été trop gourmand, et je vérifie que la bande d’ail ne fait pas la flaque.
Semaine 3 : second semis de mâche, décalé, c’est ma parade contre un seul gel ou un seul raid de limaces. J’arrose s’il n’a pas plu, sans noyer, et je continue à ramasser les bêtes le soir, parce qu’elles n’ont pas de calendrier, elles.
Après ça on glisse doucement vers l’ail, vers les feuilles, vers moins de bruit dans le jardin. Septembre c’est une porte, vous pouvez encore passer, vous ne passez juste plus avec un plant de tomate sous le bras.
Si vous n’avez jamais semé à cette saison, commencez par la mâche, un petit carré, semis clair. Vous verrez bien ce que ça donne.