Plant de tomate dont on pince un gourmand à l'aisselle d'une feuille

Comment pincer les gourmands des tomates

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Un pied de tomate qui part dans tous les sens, des feuilles partout et trois fruits qui mûrissent en septembre : chez moi, c’était presque toujours le même oubli. Les gourmands avaient pompé la sève pendant que je regardais ailleurs (souvent depuis la terrasse, café à la main). Pincer, ce n’est pas une lubie de catalogue. C’est 30 secondes, une à deux fois par semaine, et ça décide si on mange en juillet ou si on récolte du feuillage.

Si vous n’avez jamais pincé, c’est pas grave. On va y aller doucement.

C’est quoi, un gourmand ?

Sur une tomate à croissance indéterminée (Cœur de bœuf, Noire de Crimée, Andine cornue, la plupart des anciennes), la tige principale pousse sans s’arrêter. À chaque étage, une feuille part d’un côté. Le gourmand naît pile dans l’aisselle : l’angle entre cette feuille et la tige. Au début, un petit bourgeon de 1 à 2 cm, tendre, un peu plus clair. En une semaine par 20-25 °C, ça devient une vraie tige, avec ses feuilles, puis ses bouquets. Vous verrez, une fois le premier repéré, les autres sautent aux yeux.

Ce n’est pas une tige florale. Un bouquet de fleurs part de la tige, souvent un peu décalé, déjà des boutons jaunes. Un gourmand, lui, ressemble à un bébé plant : tige plus feuilles, pas de fleurs au départ. Si vous hésitez, attendez 48 h. Le gourmand s’allonge droit. Le bouquet s’ouvre.

Sur un pied déterminé (variétés « buisson », beaucoup de cerises compactes, plants « pour bac »), la tige s’arrête toute seule après 4 à 6 bouquets. Pincer trop, c’est couper la récolte. Moi je n’enlève que les gourmands bas, ceux qui rament au sol et pourrissent au premier orage de juin.

Le geste, voilà comment je m’y prends

Deux doigts. Quand le gourmand fait 3 à 5 cm, je le plie d’un coup sec entre l’ongle du pouce et l’index, le plus près possible de l’aisselle, sans arracher l’épiderme de la tige. Il casse net. Je n’utilise pas de sécateur à ce stade : une lame sale ouvre une porte aux champignons, surtout après une nuit à 12 °C suivie d’un après-midi à 28 °C. Le classique orage de juillet.

S’il a déjà 10 ou 15 cm, l’ongle déchire. Là je coupe au sécateur désinfecté (alcool à 70° ou flamme rapide), à 5 mm de la tige. Je laisse un petit chicot. Coller la lame contre la tige principale, c’est une plaie large qui met une semaine à sécher.

Je le fais le matin, par temps sec, entre 8 h et 10 h. La sève circule, la plaie sèche avant la rosée. Les jours d’aspersion et les lendemains d’orage, je passe mon chemin : un pied mouillé plus une plaie, le mildiou s’installe en 4 à 5 jours dès que l’humidité dépasse 80 %.

Une tournée hebdomadaire suffit sur 6 à 8 pieds. En pleine poussée de juin (15 h de jour, 22 °C la nuit), je passe deux fois. Un gourmand double de taille en 72 h. Je l’ai vu.

Déterminées, indéterminées, pots

Sur les indéterminées, je garde une tige, parfois deux si le pied est costaud et le tuteur tient 1,80 m. Tous les autres gourmands sautent. 6 à 10 bouquets étagés, fruits plus gros, plus précoces d’une à deux semaines.

Sur les déterminées, je laisse le buisson. Je pince seulement ce qui part sous le premier bouquet, pour que l’air passe au collet. En jardinière de 40 cm sur un balcon sud, un déterminé tient tout seul. Un indéterminé devient une liane de 2 m qui cherche le garde-corps du voisin. Lui n’a rien demandé.

En pot de 15 à 20 litres, l’eau et l’azote manquent vite. Un pied trop ramifié sèche en 36 h à 32 °C. Une tige, un tuteur, 1,5 litre le matin : déjà un bon contrat.

Le tuteur, sinon ça casse

Un pied pincé sans tuteur se casse au premier vent un peu fort, ou à l’averse. Je plante le tuteur le jour de la plantation, 10 cm à côté de la motte, pas à travers les racines. Canne de 1,80 à 2,20 m, enfoncée de 30 cm. J’attache au fur et à mesure, tous les 20-25 cm, raphia ou lien souple en 8. Jamais un collier serré : la tige gonfle en juillet.

Les ficelles au-dessus d’une serre tunnel marchent aussi, à condition de tourner le pied d’un quart de tour chaque semaine. Sur 8 m² en carré : un tuteur par plant, 50 cm entre les pieds, 70 cm entre les rangs. En dessous, c’est l’humidité et le mildiou.

Les bêtises que j’ai faites

Pincer trop tard, quand le gourmand a déjà 40 cm et un bouquet : on jette des tomates. Couper la tête de la tige principale en juin sur une indéterminée : on arrête le pied pile quand il devrait encore sortir trois étages. Arroser le feuillage le soir « pour rafraîchir » après avoir pincé : le mildiou sur plateau.

L’excès d’azote fait le même dégât qu’un oubli de gourmands : un buisson magnifique, des fruits minuscules. Un terreau trop riche au fond du trou, plus un purin d’orties trop fréquent, et on retrouve le scénario. Moi je garde le purin pour le démarrage, pas toutes les semaines une fois les fruits noués.

Dernière : laisser les gourmands bas toucher la terre. Ils s’enracinent, créent un second pied collé au premier, et on ne sait plus quoi tuteurer. Ceux-là, je les pince en premier, dès 2 cm.

Jusqu’à la fin de saison

De la plantation (mi-avril sous cloche, mi-mai en pleine terre une fois les 10 °C nocturnes passés) jusqu’à la mi-août, je pince à chaque passage d’arrosage. Mi-août, sur une indéterminée, on peut étêter 15 cm au-dessus du dernier bouquet : les fruits déjà là mûriront, au lieu de lancer des fleurs qui n’iront nulle part avant les 8 °C d’octobre.

Les feuilles du bas qui touchent le sol, je les ôte aussi, progressivement, 2 ou 3 par semaine, jamais d’un coup. L’air passe, les tomates voient le soleil.

Dix minutes le dimanche matin sur un potager de 20 m², et on arrête de se demander pourquoi le voisin récolte trois semaines avant. (Chez moi, un temps, c’était l’inverse. D’où cette fiche.) Si il vous reste un doute sur un bourgeon, laissez-le 48 h. Ça s’éclaire.

Pour le reste (terre, arrosage, maladies), le guide du potager rassemble les autres notes du silo.