Un plant de tomate ne pousse pas dans n’importe quel sac « universel » pris à la va-vite. Le terreau, c’est le premier repas des racines, souvent le seul pendant trois semaines après le repiquage. Trop compact, les racines étouffent. Trop riche en azote, on récolte du feuillage. Trop clair et fibreux, l’eau traverse en deux minutes et le pied a soif dès 28 °C. Je l’ai vu. Si ça vous dit, voilà comment je m’y prends.
Au toucher, avant de lire l’étiquette
J’ouvre le sac. Je prends une poignée. Elle doit rester friable, un peu sombre, sans morceaux de bois de 5 cm ni poussière grise. Je presse : ça s’agglomère un peu, ça se défait. Si ça fait une boule collante, trop d’argile ou trop d’eau de stockage. Si ça coule entre les doigts comme de la sciure, trop de fibres. Vous verrez, le doigt en dit plus que l’étiquette.
Un bon terreau de plantation, c’est en gros de la tourbe ou de la fibre de coco, du compost, parfois du fumier composté, un peu de sable. Le pH tourne autour de 6 à 6,5, ça va pour la plupart des légumes. Pas besoin d’un labo. Si le sac sent le sous-bois et pas l’ammoniac, c’est déjà bon. L’odeur d’ammoniac, c’est un compost trop jeune. Les racines grillent.
Trois sacs, trois usages (pas trois fois le même)
Le terreau universel de grande surface va pour les géraniums et les dépannages. Pour un potager, il est souvent trop pauvre ou trop irrégulier. Je m’en sers en mélange, moitié terre du jardin, moitié universel, pour alléger une terre un peu lourde qui fait des plaques en juillet.
Le terreau « potager » ou « plantation » est plus chargé. C’est celui que je mets au fond du trou : 2 à 3 litres par plant de tomate, 1 litre par laitue, une poignée pour un poireau. Pas un seau entier. Un plant dans du terreau pur, en pleine terre, se retrouve dans un « pot » trop doux : les racines ne sortent pas vers la terre plus dure, et le pied stagne.
Le terreau de semis est plus fin, plus pauvre. C’est voulu. Un semis dans un mélange trop riche file, s’étiole, verse. Je le garde pour les godets de 7 cm, pas pour une jardinière de 80 cm.
Les « spécial tomates », « spécial rosiers » : souvent du marketing, parfois un peu plus de potasse. Si le prix double pour 40 litres, un terreau potager correct plus une poignée de compost mûr fait le même travail. Moi j’aime bien le simple.
Volumes, chez moi
Bac de 40 × 40 cm, 30 cm de profond : environ 40 litres. Mélange 50 % terreau potager, 30 % terre de jardin, 20 % compost. Un pied de tomate déterminée, ou deux laitues plus du basilic. Arrosage : 2 à 3 litres le matin dès que les 2 premiers centimètres sont secs. À 32 °C sur un balcon sud, parfois tous les jours. On se retrouve le week-end à remplir l’arrosoir, c’est le rythme.
Carré de 1,20 m de côté, 30 cm de terre rapportée : 400 litres. On n’achète pas 10 sacs de 40 litres. Terre décompactée, 80 à 100 litres de terreau pour alléger, 40 litres de compost. Le reste, c’est le sol.
Pleine terre, 20 m² : le terreau sert au trou et au semis en pépinière, pas à recouvrir toute la parcelle. Trois sacs de 40 litres passent une saison de tomates, courgettes et choux. Le fond, c’est votre terre, amendée à l’automne.
Un sac de 40 litres pèse 15 à 20 kg selon l’humidité. Je prévois le coffre. Un terreau oublié sous la pluie a déjà perdu sa structure. Si vous n’avez jamais mélangé, c’est pas grave. On commence par une poignée au fond du trou.
L’azote, encore (oui, comme le purin)
Un terreau très riche, plus un purin d’orties trop fréquent, et vos tomates font 1,50 m de feuilles pour trois fruits. L’azote pousse le vert. Les fruits veulent de la potasse et du soleil.
Au repiquage, le terreau du trou suffit. Ensuite, compost en surface (1 à 2 cm) une fois en juin, paillage, et j’arrête les engrais liquides quand les premiers bouquets sont noués. Je pince aussi les gourmands : un pied trop nourri et trop ramifié, c’est double peine.
Les terreaux « extra fertilisés 6 mois » relarguent longtemps. En jardinière étroite, c’est trop. En pleine terre pauvre (sable, remblai), ça peut dépanner la première année.
Ce que je fais moi-même
Compost de plus de 8 mois, tamisé, mélange à parts égales avec de la terre de taupinière ou de la terre du potager. Ce n’est pas un terreau de semis (trop grossier, trop de graines d’adventices). C’est un excellent terreau de plantation. Coût : zéro, hors le temps du tas. Madame râle un peu quand ça traine près de la terrasse. Je range.
Feuilles mortes broyées de l’automne d’avant, une fois noires et friables : déjà de la matière. Voir que faire des feuilles mortes. Pas de noyer, de thuya en masse, ni de chêne trop tannique sans les laisser vieillir un an.
À l’achat
Marque NF U 44-551 ou équivalent, composition lisible, date. Un sac sans origine, à 2 € les 50 litres, c’est souvent des déchets verts mal compostés. Ça chauffe encore dans le sac, ça sent, ça brûle.
J’évite les « forestiers » ou « hortensias » (plus acides) pour des carottes et des choux. Je les garde pour les myrtilles.
Une fois ouvert, un sac se conserve 2 à 3 mois au sec. Au-delà, il se tasse, des champignons blancs apparaissent. Pas toujours grave. Si il pue, je jette.
Le guide du potager relie terreau, purin et tomates. Le sac n’est qu’un démarreur. Le sol, lui, se construit sur cinq ans, pas sur un rayon de jardinerie.