Orties fraîchement coupées prêtes à macérer pour un purin

Comment faire du purin d'orties

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Ça sent mauvais, mais c’est rudement efficace. Le purin d’ortie m’a permis de passer une saison de tomates sans perte, alors que l’année d’avant j’avais la moitié des plants qui piquaient du nez dès juillet. J’ai aussi appris, à mes dépens, que trop de purin ça fait un buisson magnifique et trois tomates. Si ça vous dit d’essayer, voilà la recette que je sors chaque printemps. Sans magie, et sans seau oublié derrière le cabanon pendant un mois.

Si vous n’avez jamais fait, c’est pas grave. On va y aller doucement.

Ce que le purin d’orties fait vraiment

L’ortie (Urtica dioica) est riche en azote, en fer, en silice. En macération, elle donne un engrais liquide et un stimulant de croissance. Sur des plants qui démarrent, c’est visible en dix jours : feuilles plus foncées, tiges plus raides. Vous verrez.

Pour le mildiou déjà là, j’ai arrêté de me faire des illusions. Le purin ne rattrape pas. Ça n’éradique pas l’oïdium non plus, et ça ne remplace pas un filet contre les altises. En prévention légère, une pulvé diluée peut aider le feuillage à mieux tenir. Une fois que ça a viré, autant garder le seau pour autre chose.

La recette, voilà comment je m’y prends

Un seau plastique de 10 litres, un auquel je ne tiens pas trop (le métal rouille, le bois pourrit). Un kilo d’orties fraichement coupées, tiges et feuilles, avant la floraison, pour 8 à 10 litres d’eau de pluie. L’eau du robinet chlorée marche, un peu moins bien. Je hache vite fait au sécateur : plus c’est petit, plus ça macère vite.

Je couvre sans fermer hermétique. Un carton, un couvercle de travers. Il faut de l’air, pas les mouches. Chez moi c’est côté nord du cabanon, à l’ombre, un peu loin de la maison. Madame a déjà râlé pour le seau qui pue, on a trouvé un compromis. À 18-22 °C, je compte 10 à 14 jours. À 12 °C en avril, plutôt trois semaines. Je remue avec un bâton tous les deux jours. Ça mousse, ça pue. Les mauvaises langues dirons que ça sent la merde. Elles n’ont pas tout à fait tort.

Le purin est prêt quand la surface redevient à peu près lisse, plus de mousse qui tient, et que les tiges sont une bouillie brun-vert. Je filtre dans un second seau avec une passoire, puis une deuxième fois à travers un vieux collant. Un brin qui reste et le pulvérisateur se bouche. J’ai déjà démonté un gicleur en pleine canicule pour ça. Depuis, je filtre deux fois, et je siffle.

Le liquide filtré se garde 6 à 8 semaines au frais et à l’ombre, dans un bidon non hermétique. Au-delà, il tourne à l’ammoniac. Je le verse au compost, pas sur les plants.

Dilution : pulvé ou arrosage, ce n’est pas la même dose

Au pied, je dilue 1 litre de purin dans un arrosoir de 10 litres. Au démarrage des tomates, courgettes, pommes de terre, une fois tous les 10 à 14 jours, sur un sol déjà un peu humide. Si il est sec comme du carton, j’arrose d’abord à l’eau claire. J’ai brûlé des radicelles une fois. On apprend.

En pulvé, plutôt 1 pour 20, voire 1 pour 15 si les plants sont un peu chétifs. Soir ou matin, pas à 30 °C en plein cagnard. Fine brume, dessus et dessous des feuilles. Tous les 10 jours, trois fois max en juin, puis j’arrête quand les fruits nouent.

La première année, j’arrosais régulièrement, fier comme un pou. J’ai obtenu des plants superbes, trop feuillu, et les fruits avaient du mal à pousser. C’est l’azote. Trop d’azote, c’est des feuilles, pas de tomates. Depuis, je fais deux apports au pied en mai-juin, une pulvé si le plant tire la gueule, et c’est tout. Un bon terreau au plantage et le pincement des gourmands rendent plus service qu’un troisième seau.

Ce que je laisse de côté

Pas de fleurs d’ortie, pas de graines. Une fois que l’ortie est montée, les tiges sont fibreuses, le purin est plus pauvre, et on sème des orties partout en aspergeant. Je coupe les jeunes pousses de 20 à 40 cm, d’avril à juin, avant que ça grenaille.

Celles du bord d’une route passante, je les laisse. Hydrocarbures. Un fossé de champ, le fond du jardin, le tas derrière le compost, ça me va.

Gants de ménage ou de rosiers, manches longues. L’ortie pique, le purin tache, et une éclaboussure dans l’œil n’a rien d’une blague. Lunettes si vous mixez au mixeur plongeant. Moi j’évite : ça mousse, ça gicle, ça ne raccourcit la macération que de deux jours.

Le seau, je le tiens hors de portée des enfants et des chiens. Ce n’est pas du poison classé, c’est un fermenté qui peut rendre un animal malade s’il y plonge le museau.

Où ça m’aide, où ça ne sert pas à grand-chose

Tomates, aubergines, poivrons, courgettes, pommes de terre, rosiers un peu mous : oui, au démarrage. Légumes-feuilles (épinards, laitues) : avec parcimonie, sinon nitrate et feuilles molles. Plantes déjà en fleurs que je veux faire fructifier : j’arrête l’azote, je passe au compost mûr, ou à rien du tout.

Sur une pelouse, le purin n’est pas un désherbant. Sur un chêne de 12 m, c’est un peu ridicule. Sur un pied déjà jauni par le mildiou, autant garder le seau.

Le marc filtré, les fibres, vont au compost, en couche mince. En tas compact, ça pourrit en anaérobie et ça empeste encore plus. Madame n’apprécierait pas.

Un rythme de saison, pour un potager de pavillon

Mi-avril, je coupe 1 kg, je lance un seau. Fin avril, je filtre, je fais le premier arrosage des tomates repiquées. Mi-mai, deuxième arrosage. Juin, une pulvé si le temps est poussif. Juillet-août, le seau est vide, et c’est très bien comme ça. Un potager de 20 à 30 m² n’a pas besoin d’une cuve de 100 litres.

Si vous n’avez pas d’orties, inutile d’en importer en voiture depuis un bois à 40 km. Un engrais organique du commerce, ou un purin de consoude (plus potassique, plus adapté une fois les fruits là). L’ortie, c’est ce que j’ai sous la main au fond du terrain. Ce n’est pas un dogme.

Le silo faire un potager relie terreau, gourmands et le reste des cultures. Le purin n’est qu’un outil. Un outil que j’aime bien, voilà tout.