Un filet anti-insectes au potager, en septembre, ce n’est pas un décor. Je sème encore de la mâche et des épinards, parfois un reste de navets, et si les limaces se ramassent à la main, les insectes, eux, passent là où on ne les attend plus : les altises sur les jeunes feuilles, les piérides s’il reste des choux, la mouche de la carotte si on a semé tard. Tout se joue sur une maille, posée tôt, avec les bords enterrés. La mauvaise maille fait un rideau, la bonne fait une porte fermée.
Je n’ouvre pas un rayon de pièges pour autant. On reste au sol, sur le rang, avec un rouleau. Le guide du potager dit quoi planter ; ici on dit comment empêcher les bêtes de venir pondre dessus.
Chez moi, je préfère fermer. Un filet bien tendu, posé dès le semis ou dès la plantation, évite la ponte, alors qu’un produit, même doux, arrive toujours après coup. Après, les galeries sont déjà dans la carotte, les trous dans la roquette, et les chenilles dans le chou.
La maille, c’est le chiffre : 0,8 mm pour l’altise, 1,2 mm pour la mouche de la carotte, 1,3 à 1,5 mm pour la piéride. Un rouleau en polyéthylène, des arceaux, et les bords enterrés. Un trou, c’est une porte ouverte. On pose sur un rang propre, et on ne couvre jamais tout le jardin d’un seul tenant.
3 mailles, 3 ravageurs
On vend « filet anti-insectes » comme on vend « terreau », ce qui ne veut rien dire du tout. Le seul renseignement utile, c’est la maille.
| Maille (environ) | Qui ça arrête | Sur quoi je l’emploie |
|---|---|---|
| 0,8 mm | Altise (et beaucoup de petits) | Navets, roquette, jeunes choux, radis |
| 1,2 mm | Mouche de la carotte | Carottes, panais, dès le semis |
| 1,3 à 1,5 mm | Piéride du chou | Choux, parfois brocolis, une fois les plants plus forts |
L’altise est minuscule et elle saute, alors une maille de 1,5 mm ne lui fait ni chaud ni froid : vous croyez avoir protégé les navets, vous leur avez seulement fait de l’ombre. Chez moi, les navets de septembre, c’est du 0,8 mm ou je ne les sème pas. J’ai déjà raconté quoi planter en septembre, et le filet est simplement la suite du geste.
La mouche de la carotte, elle, pond au collet, ce qui veut dire que le filet doit descendre jusqu’au sol tout autour, et être posé dès le jour du semis plutôt qu’à la levée, où il est souvent déjà trop tard. Une maille de 1,2 mm suffit en général, et plus fin fonctionne aussi, en aérant un peu moins.
La piéride est plus grosse, c’est ce papillon blanc qui pond sous les feuilles et dont les chenilles font le reste. Du 1,3 à 1,5 mm tient la route, à condition de fermer avant les vols et de vérifier qu’il n’y a pas déjà une ponte en place. Un chou déjà habité, sous filet, garde simplement ses invités au chaud.
Je dis « environ », parce que les rouleaux ne sont pas tous honnêtes sur le chiffre annoncé. On regarde la fiche, on regarde le filet en vrai, et on compare à un maillage qu’on connaît. Si ça ressemble à un filet à olives, c’est bien trop large pour une altise.
Les jeunes navets, la roquette et les choux encore petits, l’altise en fait de la dentelle en trois jours chauds. Terre sèche en surface, du soleil, et elle est aux anges. J’ai déjà perdu une rangée entière en me disant qu’on verrait lundi ; lundi, il restait des tiges. Donc maille de 0,8 mm, posée tôt, bords fermés. Humidifier un peu le sol aide aussi, parce qu’elles aiment moins ça, mais le filet reste le plus simple, et je ne vais pas sortir un produit pour six navets.
Si vous semez de la mâche, en revanche, l’altise s’y intéresse beaucoup moins que les limaces, et le filet n’a rien d’obligatoire. Sur les navets d’à côté, si. On ne met pas le même tissu sur tout le jardin par souci d’uniformité, on met la bonne maille sur le bon rang.
4 choses que je regarde sur le rouleau
Ce que je prends, c’est un rouleau en polyéthylène, avec une maille de 0,8 à 1,5 mm selon le rang, et une largeur suffisante pour passer par-dessus des arceaux sans coller au feuillage. On en trouve en 2 m de large, parfois plus, de quoi couvrir un ou deux rangs et pas de quoi monter une serre. Deux caractéristiques minimum, donc : la maille écrite noir sur blanc, et une largeur qui passe au-dessus des arceaux.
Le polyéthylène dure bien plus longtemps qu’un voile de forçage, et ce sont deux objets différents qu’on confond souvent : le voile sert à réchauffer et à casser le vent, pas à trier les insectes. Un P17 n’arrête aucune altise, et un filet à maille fine ne remplace pas un voile d’hivernage.
Les arceaux, en métal ou en plastique, tiennent le filet au-dessus des feuilles. Si le filet repose directement sur le chou, les pucerons s’en accommodent très bien et les brûlures arrivent au premier soleil. On tend donc, on enterre les bords ou on les charge, et on laisse un peu de mou pour que ça puisse pousser, sans monter un chapiteau qui claque au vent.
Je n’invente ni référence ni prix : un rouleau de jardin se compare au mètre et à la maille, pas au discours anti-tout imprimé sur l’emballage.
Attention aussi aux filets à ramer et aux filets pour grimpants, qui n’ont rien à voir et sont beaucoup trop larges. On s’y trompe au rayon parce que c’est vert et en rouleau. Et je n’achète pas de l’anti-oiseaux en croyant que ça arrêtera les altises : l’oiseau est plus gros, la maille aussi.
Ce que je ne fais plus non plus, c’est réutiliser un filet troué pour une saison de plus, parce qu’un trou est une porte. On rapièce, on coupe un morceau sain, ou on jette. Et je ne le laisse pas pourrir tout l’hiver dans la boue : je le sèche, je le plie, je le rentre. Le polyéthylène n’aime ni d’être tiré mouillé, ni de finir en boule verte au fond du cabanon.
Enfin, je ne couvre pas tout le potager d’un seul tenant, sinon c’est impossible à désherber, à récolter et même à regarder. Un rang, deux, ceux qui en ont vraiment besoin.
En pratique : 7 gestes pour poser
- Je prépare le rang. Terre propre. Un filet sur un rang d’herbes, c’est un tunnel pour limaces. Paillage éventuellement, filet ensuite.
- Je sème ou je plante. J’arrose. Je contrôle qu’il n’y a pas déjà l’insecte dessous. Sinon vous l’enfermez.
- Je pose les arceaux tous les mètres à peu près. Métal ou plastique, assez haut pour que le filet ne colle pas aux feuilles.
- Je déroule la bonne maille. 0,8 sur les navets. 1,2 sur les carottes. 1,3 à 1,5 sur les choux. Je ne mélange pas les chutes.
- Je rentre les bords dans une petite tranchée. Je referme la terre avec le pied. Aux extrémités, un pli, je charge. Pierres, planches, terre. Pas un simple piquet au milieu.
- Pour regarder, j’ouvre le matin et je referme derrière moi. Je ne laisse pas un coin libre pour passer la main, parce que chaque jour ouvert est un jour offert, et je n’ouvre surtout pas le soir en laissant la nuit entière.
- Après le premier vent, je reviens vérifier. Chez moi ça souffle, et un filet mal chargé finit dans le hêtre ou pas loin. On rit nettement moins au moment de le décrocher.
Pour l’eau, la pluie passe sans problème, et l’arrosage en pluie fine aussi ; c’est le jet trop fort qui plaque le filet et fait des flaques. Les oyas restent possibles en dessous, il suffit de soulever un bord, de remplir et de refermer, et le goutte-à-goutte est encore plus confortable puisqu’on n’ouvre presque jamais.
Le désherbage, en revanche, reste l’ennui de l’histoire : on ouvre, on arrache, on referme. À moins d’avoir bien préparé le rang au départ, auquel cas on ouvre beaucoup moins souvent.
Le chien passe dessous dès que je ne pèse pas correctement les bords, donc je pèse. Si il pleut, je pose quand même, la terre se referme d’autant mieux ; ce que je ne fais pas, c’est poser pendant un orage, parce que le rouleau devient une voile. J’ai déjà couru derrière, forcément.
2 cultures de septembre qui changent tout
En septembre, les choux d’hiver sont encore là ou on vient de les planter, et les papillons blancs volent toujours selon les années. Un filet en 1,3 ou 1,5 mm posé tôt évite la ponte, et si vous voyez déjà des œufs, ces petites pastilles sous les feuilles, écrasez-les avant de fermer, sinon vous vous lancez dans l’élevage.
Je ne mets pas non plus un filet trop fin directement sur un grand chou sans arceaux : ça étouffe, ça casse les feuilles et ça pourrit au contact. Des arceaux, de l’air, et une maille juste assez fine.
Les carottes sont plus ingrates, parce qu’on ne voit jamais la mouche, on voit seulement les carottes véreuses à l’automne, et on finit par croire au hasard. Un filet de 1,2 mm posé dès le semis et gardé jusqu’à la récolte ou presque, bords enterrés, c’est ce qui fonctionne chez les gens qui en récoltent vraiment. Chez moi, les carottes de septembre restent un pari : si je sème, je couvre ; si je ne peux pas couvrir, je ne sème pas et je garde la place pour la mâche.
Un voile posé à la va-vite et relevé par le chien ne suffira jamais, parce que la mouche passe au ras du sol. D’où la tranchée, les planches et la terre sur les bords.
Et on ne pose pas un piège à l’autre bout du jardin en s’imaginant que ça remplacera le filet. Le filet, c’est le rang, et le reste n’est que du bruit. Je n’ouvre pas ici un chapitre sur les autres insectes volants du jardin, ce n’est pas le sujet : le potager et les trois ravageurs du tableau, ça suffit largement.
3 cas où le rouleau ne vaut pas le coup
Pour six salades, parfois ça ne vaut pas la peine, on surveille et on ramasse. Pour une rangée de navets en septembre, oui. Pour des carottes que vous comptez vraiment manger, oui. Pour des choux d’hiver, souvent oui, surtout si vous avez déjà connu la dentelle.
Le filet ne remplace pas le reste du travail, cela dit. Les limaces passent en dessous, ou elles étaient déjà là, donc on ramasse encore. Certains oiseaux picorent à travers s’ils insistent, c’est rare. Et pour les chats et les chiens, c’est toujours le bord qui saute.
Vous pouvez aussi ne rien mettre et accepter les trous, c’est une option parfaitement défendable. Moi, en septembre et sur les navets, je ne l’accepte plus, j’ai trop donné.
Un samedi type, je sors le rouleau, les arceaux et une binette pour la tranchée. Je commence par les navets en maille fine, puis les carottes si j’en ai semé, en 1,2 mm, et les choux si besoin avec un peu plus large. Le morceau de 0,8 reste réservé à l’altise, et le 1,5 ne va jamais sur les navets.
Si vous n’avez jamais posé de filet, prenez un petit rouleau en 0,8 mm, un rang de navets, des arceaux et de la terre sur les bords. Vous verrez immédiatement si ça claque, si ça touche les feuilles, et si le chien passe dessous. Vous lirez la maille avant d’acheter le deuxième. Le potager n’a pas besoin d’un hangar plein de filets, il a besoin de la bonne grille, au bon moment, sur le bon rang, et c’est déjà bien assez pour un soir.