Semis de mâche et jeunes épinards en septembre dans un carré de potager

Semer mâche septembre : encore jouable, même un peu tard

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On est le 5, parfois le 12, et le sachet reste dans le tiroir du cabanon. Vous voulez encore semer mâche septembre, et vous vous dites que c’est fini. Chez moi, en Auvergne, ce n’est pas fini. C’est plus serré. La terre tient la chaleur d’août. Les nuits ont déjà baissé. La mâche et l’épinard d’hiver attendent exactement ça, pas un 15 mai.

Je ne promets pas une récolte de catalogue. Je promets des feuilles en novembre, parfois jusqu’en janvier si le gel reste poli. L’an dernier j’ai semé le 8 septembre, après une semaine de tournée. Ça a levé. Pas tout. Assez pour des salades jusqu’aux fêtes, si les limaces n’ont pas tout signé avant moi.

Pour semer mâche septembre, je gratte un lit de 1 cm sur terre encore tiède, je sème très clair, j’arrose une fois à la pomme. La levée prend 8 à 12 jours. Une planche contre les limaces et un second semis dix jours plus tard tiennent mieux qu’un sachet entier le même jour.

Si vous cherchez le menu complet, j’ai déjà noté quoi planter au potager en septembre. Là, on reste sur ces deux-là. Le reste peut attendre. Et si le carré est plein, une mini-serre de balcon tient les godets le temps de libérer une ligne.

Terre tiède à 10 cm, pas une croûte

Je mets la main à dix centimètres. Si c’est tiède, on sème. Les fiches de semenciers placent souvent la levée de la mâche entre 10 et 18 °C. C’est encore le cas début septembre, ici, dans l’argile qui a pris le soleil d’août. Si c’est déjà froid et collant, j’attends une éclaircie. Semer sur une plaque, c’est jeter le sachet.

Je ne retourne pas le carré comme un forcené. Les tomates sont parties, ou presque. Je tire les pieds, je gratte la surface à la griffe, je casse les mottes avec la main. Une fourche-bêche si ça a trop tassé. Pas une pelleteuse, pas un motoculteur qui remonte les cailloux et sèche tout.

Si la surface est pauvre, grise, fatiguée après trois mois de courgettes, j’ajoute une couche fine de compost, ou un peu de terreau mélangé aux premiers centimètres. Pas un sac entier déversé en tas. Les racines de mâche n’ont pas besoin d’un gâteau. Elles ont besoin d’un lit de semence fin, frais, qui ne croûte pas au premier arrosage.

Le terreau et l’amendement d’automne n’est pas le sac de mars. En septembre je ne cherche pas un terreau de semis trop pauvre non plus. Un seau pour un carré d’un mètre, mélangé, arrosé une fois, ça suffit à assouplir mon argile brute. Le long de la haie, il y a de l’ombre l’après-midi : c’est bien pour l’épinard. Sous le hêtre, non. Rien ne lève vraiment, et les feuilles qui tombent déjà étouffent le sillon.

Madame me voit encore avec le râteau à cette heure. Elle croit que le potager est fini. Le chien, lui, veut juste se coucher dans la terre fraîche. Je sème, je sors, je ferme le portillon avant qu’il n’écrase la ligne.

Semis clair, 1 cm, vraiment 1 cm

C’est le geste que je rate encore, une année sur deux. Le sachet est petit. On a l’impression qu’il n’y a rien. Alors on verse. Et ça lève en tapis. Une année, 2023, j’ai vidé le sachet de mâche à la volée sur un mètre carré. Ça a levé comme du gazon. Les mâches a poussé serrées, trop serrées, puis tout a filé, puis pourri à la première semaine de pluie. J’ai passé novembre à éclaircir avec une cuillère à café.

Maintenant je trace un sillon peu profond, un centimètre, même pas. Je mélange un peu de terreau si la surface fait une peau. Je sème comme si chaque graine coûtait quelque chose. Un pincement, pas un sel. Recouvrir d’une pincée de terre fine. Tasser avec le dos de la main, pas avec le pied. Arroser une fois, doucement, à la pomme, pas au jet.

Les épinards, même histoire, un peu plus gourmands. Graine plus grosse, plus facile à doser. Trop dru, vous récoltez des ficelles. Trop clair, vous avez trois pieds. Le milieu, c’est une graine tous les trois ou quatre centimètres, puis on éclaircit si ça se touche. Les calendriers de semis d’automne tiennent souvent cette densité : mieux vaut éclaircir que déterrer un tapis.

Je ne sème pas tout le sachet le même jour. Une rangée maintenant. Une autre dans dix jours. Si un gel arrive trop tôt, ou un raid de limaces, il reste la deuxième vague. Ce n’est pas un calendrier de jardinerie. C’est de la méfiance, et ça m’a sauvé plus d’une récolte courte.

Les variétés, je ne fais pas de roman. Mâche à petites graines, verte d’Étampes, ce que je trouve. Épinard d’hiver, Géant d’hiver, parfois Matador. Si le sachet dit « automne-hiver », je le prends. Si c’est un restant de mars « printemps », je le sème quand même, en sachant qu’il montera plus vite au moindre redoux. On mange avant. On ne le compare pas à mai.

Limaces : la levée tient 8 à 12 jours

Voilà le vrai septembre. Terre chaude, humidité qui revient, jeunes plantules qui sont du bonbon. Les fiches mâche parlent souvent d’une levée en 8 à 12 jours, parfois jusqu’à 15 si le sol refroidit. C’est pile la fenêtre où les limaces aime ça, les jeunes pousses de mâche surtout. Plus que les épinards, je trouve. Ou alors je les vois mieux, le vert clair sur la terre sombre.

Je sors avec une lampe après dîner. Ce n’est pas glamour. Ça marche mieux que les granulés que je mettais partout, avant, et que le chien regardait de trop près. Je ramasse. Je les mets dans un seau. Je ne raconte pas la suite, vous avez compris le geste.

Le matin, une planche posée entre les rangs. Je la retourne. Il y en a toujours deux ou trois collées dessous. Un peu dégoûtant. Efficace si on le fait trois matins de suite, pas une fois pour se donner bonne conscience.

Les granulés de phosphate de fer, j’en ai encore une boîte. Je les sors si une nuit de pluie a tout mangé et que je n’ai pas le temps de veiller. Pas un tapis. Quelques points, le long du sillon. Et je range la boîte hors de portée, toujours.

Un filet anti-insectes ne remplace pas la ronde des limaces. Il aide pour les altises sur les navets, plus tard, et pour ce qui vole. Les limaces passent en dessous, ou par un bord mal calé. Je le pose quand même sur une rangée d’épinards si j’ai un reste de voile, plutôt comme ombrage les après-midi encore chauds, pas comme une forteresse que les limaces respecteraient.

L’eau : j’arrose moins qu’en août. Les nuits aident. Le sol en profondeur n’est pas toujours sec, même si la surface a l’air grise. Je vérifie au doigt. Un semis, les trois premiers jours, a besoin d’être frais. Pas noyé. Noyé, c’est les limaces qui signent, et la croûte qui revient.

Mâche, épinard, après le 20 : trois cas

Avant le 10, je sème sans trop réfléchir. Terre chaude, jours encore corrects. Entre le 10 et le 20, je sème encore, plus clair, un peu plus profond d’un rien, et je choisis un coin qui voit le soleil le matin. Après le 20, la mâche oui, l’épinard j’hésite. Ici le premier gel peut arriver en octobre, parfois dans un creux dès la fin du mois. Un épinard semé trop tard reste une petite plante. On la mange quand même.

Je ne sème plus en godets pour ces deux-là, en septembre, sauf si le balcon est le seul carré. En pleine terre, le lit reste plus frais. Sur la table du cabanon, un godet sèche en une après-midi à 22 °C. Le repiquage bouscule une plantule qui n’a pas le temps. Si vous n’avez qu’un bac, 20 cm de profondeur, terreau mélangé, semis clair, et on rentre le bac les nuits franchement froides.

Critère Mâche Épinard d’hiver Trop tard / godets
Fenêtre chez moi Jusqu’au 25 septembre, encore jouable Plutôt avant le 20 septembre Après le 20 : mâche oui, épinard petit
Profondeur 0,5 à 1 cm 1 à 2 cm Godet : même profondeur, terre qui sèche plus vite
Levée souvent lue 8 à 12 jours à 10 à 18 °C 7 à 14 jours Plus lente si le sol passe sous 10 °C
Densité Pincée, puis éclaircir Une graine tous les 3 à 4 cm Trop dru = pourriture dès la première pluie
Ce que ça pousse Mini-serre si plus de place en terre Filet / voile plutôt ombrage Terreau d’automne, pas le sac de mars

Ce que je ne fais plus : vider le sachet sur un mètre, semer sur une croûte sans griffer, arroser le soir en pluie fine sur le feuillage, croire qu’un voile de forçage remplace un semis clair, laisser le chien « aider ». La mâche se récolte feuille à feuille, ou en rosette. J’attends que ça fasse une petite boule, je coupe au-dessus du collet, parfois ça repart. L’épinard, je prends les grandes feuilles, je laisse le cœur.

En pratique

  1. Choisissez un carré libéré, pas sous le hêtre, avec un peu de soleil le matin. Mettez la main à 10 cm : tiède, on y va.
  2. Griffez, cassez les mottes, mélangez un seau de compost ou de terreau d’automne sur un mètre, pas davantage.
  3. Tracez un sillon de 1 cm. Semez un pincement, recouvrez d’une pincée, tassez à la main.
  4. Arrosez une fois à la pomme. Un arrosoir de 8 litres pour deux rangs, si la pluie n’a pas fait le travail. L’eau du puits, le matin, pas à midi.
  5. Posez une planche entre les rangs. Le soir, lampe. Le matin, vous retournez la planche.
  6. Dix jours plus tard, seconde rangée. C’est la parade contre un gel précoce ou un raid unique.
  7. Si le carré est plein, godets dans la mini-serre, 20 cm de terreau, puis repiquage dès qu’une ligne se libère. Un filet aide pour ce qui vole, pas pour les limaces.
  8. Récoltez feuille à feuille dès que la rosette tient. Un voile P17 le soir si ça descend vers 2 °C, retiré le matin dès qu’il fait doux.

Le gel : un voile posé le soir, retiré le matin s’il fait doux. Jamais collé tout l’hiver sans aérer, sinon ça cuit par condensation, puis ça pourrit. J’ai déjà « protégé » une rangée en oubliant d’ouvrir. Salade molle. Depuis, j’ouvre dès que le soleil tape, même en octobre.

Si vous n’avez jamais semé en septembre, commencez par un petit carré de mâche. Un sillon. Semis clair. Une planche pour les limaces. Vous verrez. Ce n’est pas un deuxième printemps. C’est une porte encore ouverte, un peu étroite, et elle vaut le sachet.

Le guide du potager rassemble le reste de l’année. Semer mâche septembre, c’est juste le geste que je ne veux plus rater parce que j’ai cru que c’était fini.