Je n’ai pas de robinet sur la terrasse, et c’est de là que part toute l’histoire. On nous vend des kits « 15 pots » comme si l’eau arrivait toute seule, avec un nez de robinet bien propre et un programmateur qui fait tic-tic. Chez moi le robinet est de l’autre côté, près du cabanon, alors que la terrasse a des bacs, du vent, et Madame qui ne veut plus me voir traverser le jardin avec un arrosoir le dimanche en chaussettes.
Il faut donc départager : robinet, cuve avec pompe, ou gravitaire. Ce n’est pas un concours de la meilleure solution, c’est surtout une question de pression et d’endroit où vous avez posé vos pots.
Le guide du potager relie tout ça à la terre et aux plants. Ici on reste sur les tuyaux, les goutteurs, et sur le petit mensonge du « kit balcon » qui suppose un robinet que la plupart des balcons n’ont pas.
L’arbre de décision, sans tableau magique
Si vous avez un robinet à moins de deux ou trois mètres et le droit de laisser traîner un tuyau, prenez un kit classique avec nez de robinet, quitte à ajouter un programmateur plus tard. La pression du réseau pousse, les goutteurs débitent, c’est le cas simple, et ce n’est malheureusement pas le mien.
Si vous n’avez pas de robinet mais une cuve, un récupérateur ou même un bidon, il vous faudra soit de la hauteur, soit une petite pompe. Sans l’un ou l’autre, l’eau reste bien tranquille dans son ventre et les goutteurs regardent le paysage.
Et si vous n’avez ni robinet ni cuve, n’achetez pas de kit du tout : achetez un arrosoir, ou déplacez un bidon. Un réseau sans réserve, c’est de la décoration.
Le gravitaire est simple à expliquer : la cuve plus haut que les pots, un filtre, un tuyau, des goutteurs. Ça marche pour peu de pots, à condition que la dénivelée soit réelle. Un récupérateur posé au sol, au même niveau que les jardinières, ne pousse rien du tout. J’ai essayé, les trois premiers pots ont eu deux gouttes et les derniers rien, et j’ai passé un moment à soupçonner des goutteurs bouchés avant de comprendre que c’était juste de la physique.
La cuve avec pompe, c’est le vrai plan pour qui n’a pas de robinet. Une pompe solaire, un kit qui aspire dans le bidon et envoie vers les goutteurs. Gardena AquaBloom est le nom qu’on croise le plus souvent pour ça : un petit boîtier solaire, des tuyaux, des goutteurs, prévu pour travailler depuis une réserve et non depuis le réseau. Rainpoint joue dans la même famille d’idée, souvent avec un côté programmateur et application selon les boîtes. Je n’en fais pas une fiche produit, je vous donne les noms parce que vous les verrez, et parce que le critère n’a rien à voir avec le logo : la seule question est de savoir si l’engin aspire dans une cuve ou s’il attend un robinet.
Les kits « 15 pots » génériques sont presque toujours pensés pour un nez de robinet. Lisez la première phrase de la notice : si vous y voyez « raccorder au robinet », ce n’est pas un kit de terrasse sans eau, et sur une cuve posée au sol il ne fera aucun miracle.
Ce que j’ai fini par poser
Côté potager, j’ai les oyas sous les tomates et aucun réseau. Côté terrasse, j’ai des bacs, des aromates et une tomate cerise qui n’aurait jamais dû habiter là mais qui reste, plus une cuve plate contre le mur alimentée par une descente. Pas énorme, la cuve, mais assez pour les pots.
J’ai commencé par tirer un tuyau depuis le robinet du cabanon. C’était moche, on marchait dessus, et le chien l’adorait. Les tuyaux à ramolli au soleil, puis ils se sont aplatis dans l’angle de la porte, et j’ai fini par tout ranger. Le tuyau long, c’est bon pour le potager, pas pour le tour de la table.
Ensuite j’ai tenté le gravitaire, en surélevant la cuve sur deux parpaings. C’était mieux, mais pas suffisant pour huit pots, les plus éloignés restaient secs. Et Madame a fait remarquer que les parpaings, ce n’était pas très joli. Elle n’avait pas tort.
J’ai donc posé un petit kit solaire qui puise dans la cuve, du genre AquaBloom ou un cousin Rainpoint selon ce que la boîte proposait cette année-là. Panneau au soleil, surtout pas sous le hêtre, on sait ce que le hêtre fait aux panneaux solaires. Deux mètres plus loin, ça vit très bien. Les pots reçoivent leur ration, et moi je remplis la cuve quand la semaine est sèche. Ce n’est pas du zéro geste, c’est juste beaucoup moins de voyages en chaussettes.
Le programmateur solaire sur nez de robinet, c’est encore une autre bête, et j’y reviendrai ailleurs : ça ouvre un robinet, ça n’invente pas l’eau. Si vous n’avez pas de robinet, un programmateur de nez ne vous sauvera de rien, il attendra une pression qui n’existe pas.
Robinet : quand c’est le bon choix
Balcon d’immeuble avec un point d’eau, cour avec un robinet de façade, potager collé au réseau : prenez le kit 15 pots, des goutteurs réglables, et un filtre si votre eau dépose. Un petit programmateur plus tard, si vous partez en week-end. Ni pompe ni panneau à prévoir, c’est confortable.
Contrôlez les colliers, quand même. Un micro-tuyau qui saute, c’est une inondation de terrasse et un voisin du dessous qui ne trouve pas ça drôle. Même sans voisin collé en dessous, Madame ne rit pas non plus quand ça coule le long de la porte-fenêtre.
Les goutteurs se bouche si l’eau est calcaire ou si la cuve a des dépôts, alors je mets un petit filtre en amont et je rince une fois dans la saison. Je n’en fais pas un rituel de printemps : je rince le jour où le troisième pot reste sec pendant que les autres ruissellent.
Cuve et pompe : le cas terrasse
C’est le mien, donc. Réserve, aspiration, goutteurs. Le panneau doit voir le ciel, et la crépine ne doit pas téter la vase du fond : je surélève un peu la prise d’eau ou je mets un filtre. L’eau de pluie, c’est très bien, mais c’est aussi des feuilles de hêtre et des moustiques si on laisse le trop-plein bête.
Attention à une chose : la pompe solaire n’arrose pas la nuit comme le ferait un programmateur de robinet. Elle arrose quand il y a du soleil, souvent par cycles. C’est plutôt cohérent avec des pots qui sèchent le jour, ça l’est beaucoup moins si vous tenez à un arrosage à 21 h pile. Pour l’heure pile, il faut du réseau, ou une pompe avec réserve électrique, et là on change de budget et de bricolage.
AquaBloom, dans l’esprit, c’est peu de pots, une cuve, du soleil, pas de prise électrique. Rainpoint, selon les modèles, pousse plutôt vers la programmation et l’application. Je n’invente pas les gammes, elles bougent d’une année sur l’autre. Ce que je dis, c’est : vérifiez que ça travaille en aspiration de cuve, c’est la seule phrase qui compte vraiment.
Les kits 15 pots en plastique fin, sans pompe, je les garde pour un vrai robinet. Sur une cuve, ils font de la figuration.
Gravitaire : honnête, limité
Sur le papier ça me plaît beaucoup : pas de pile, pas de capteur, pas de panneau, juste de la hauteur. Pour deux ou trois pots sous une cuve murale bien calée, ça fonctionne. Pour une terrasse de jardinières en ligne, il faudrait monter la réserve comme un château d’eau, et chez moi le vent prendrait la cuve pendant que le chien se frotterait aux pieds. Je n’ai pas construit de tour.
Si vous tentez quand même, prévoyez un filtre, une vanne, un tuyau court, et des pots à peu près au même niveau entre eux. Plus la ligne est longue, plus les derniers sont lésés, et on peut compenser un peu avec des goutteurs plus ouverts au bout. C’est du bricolage assumé, ce n’est pas le kit 15 pots acheté en croyant que la gravité va égaliser toute seule.
Oyas, goutte-à-goutte, arrosoir
Les oyas tiennent un pied avec leur panse, pas un balcon de quinze pots. Le goutte-à-goutte, c’est une ligne, une réserve et des goutteurs. Et l’arrosoir reste encore le plus honnête des trois quand vous avez trois pots et cinq minutes devant vous.
Je ne les oppose pas, je me contente de répartir. Tomates en terre : oyas. Terrasse sans robinet : cuve et petit solaire. Semis de septembre : arrosoir, un passage fin, et on regarde ce que ça donne.
Le guide du potager remet les plants au centre, et il a raison, parce qu’un kit n’est jamais qu’un tuyau. S’il n’y a pas de terre qui tient l’eau, vous arrosez un tamis. Un mélange trop filtrant, on l’a déjà vu du côté du terreau, et aucun réseau ne répare un mauvais sac.
Ce que je vérifierais avant d’acheter
D’où vient l’eau, d’abord : robinet, cuve, ou rien. C’est la première case à cocher, tout le reste en découle.
Combien de pots, ensuite, et vraiment. Quinze, c’est un chiffre de carton. Chez moi c’est huit, et encore, j’ai souvent l’impression d’en avoir deux de trop. Un kit trop long, ce sont des coudes partout et des fuites.
Où va le trop-plein en cas de fuite, aussi : terrasse, descente, voisin du dessous. Mettez un collier correct et faites un test d’une heure avant de partir en week-end, ça évite les mauvaises surprises.
Où vivra le panneau, si vous partez sur une pompe solaire. Pas sous le hêtre, pas derrière un bac, et pas plein nord à trois mètres du mur.
Et enfin, qui remplira la cuve s’il ne pleut pas. Ce sera vous. Aucun kit n’invente la pluie.
Si vous n’avez jamais tiré un micro-tuyau, commencez par quatre pots, une cuve propre et un kit qui aspire vraiment. Pas quinze d’un coup, et surtout pas un programmateur de robinet pour une terrasse qui n’en a pas. J’ai failli l’acheter, remarquez, le carton était joli. L’eau, elle, n’est jamais venue.