Madame me regarde de travers quand je ressors l’arrosoir en septembre, elle est persuadée que la saison est finie. Les enfants sont rentrés, les journées raccourcissent, le pull revient le matin. Sauf que moi je mets la main à dix centimètres, et là c’est autre chose : la surface est grise, presque en croûte, mais en dessous ça dépend vraiment des jours. Parfois c’est encore frais, parfois les racines cherchent et ne trouvent rien.
Alors faut-il encore arroser le jardin en septembre ? Chez moi, en Auvergne, oui, mais moins souvent et pas partout. Le guide du potager pose le cadre général ; ici on reste sur cette question de rentrée, celle qu’on se pose en chaussettes sur le pas de la porte, un mercredi où on n’a plus le temps de rien.
La surface ment, les racines moins
Août a séché les premiers centimètres, et septembre peut très bien les laisser secs même après une nuit fraîche. Une petite pluie de 3 mm mouille la croûte, ça sent bon la terre mouillée, et quarante-huit heures plus tard c’est gris à nouveau. On croit que le ciel a fait le travail à notre place. Les tomates, elles, puisent bien plus bas, et les jeunes mâches bien plus haut.
Je ne décide donc plus en regardant la couleur, je gratte. Un doigt, une petite houlette, le bord du rang, ça suffit. Si c’est sec sur deux ou trois centimètres et que le plant a encore des fruits ou des feuilles molles à 16 h, j’arrose ; si c’est frais en dessous et que les feuilles tiennent bien, je passe mon chemin.
Les racines cherchent, c’est leur métier. Dans une terre trop souvent mouillée en surface, elles restent paresseuses en haut ; dans une terre sèche trop longtemps, elles galèrent, surtout sur un rang de semis qui vient de lever. En septembre je veux qu’elles descendent, pas qu’elles attendent l’arrosoir tous les matins comme des poussins.
Et puis le vent d’ouest, ici, sèche plus vite que n’importe quel chiffre de pluie. Le hêtre fait de l’ombre d’un côté, le potager prend le soleil de l’autre, ce qui donne deux réponses différentes dans le même jardin. Je n’arrose pas « le jardin », j’arrose un coin, ou je n’arrose pas du tout.
Ce que j’arrose encore, ce que j’arrête
Les tomates encore debout, je les tiens, mais moins souvent. Les oyas sous les pieds, je les remplis une fois dans la semaine, parfois moins que ça. Je n’arrose jamais le feuillage, parce que le mildiou n’attend pas la Toussaint pour prendre ses vacances : un soir lourd, une feuille mouillée, et ça repart.
Les semis de septembre, mâche, épinards, navets, ceux-là oui, sans hésiter. Un semis clair dans une croûte, sans une goutte, ça ne lève pas. Là, l’eau sert de démarrage, ce n’est plus l’habitude d’août : un passage fin, le sol qui reste frais le temps de germer, et ensuite je regarde. Les jeunes mâches a soif plus vite que les tomates, forcément, elles n’ont pas encore de racines pour aller chercher loin.
L’ail, je ne le mets pas encore en terre, la bande attend son heure. Pas d’eau pour une terre vide.
Les courgettes qui finissent, je les sèvre doucement. Si un fruit veut encore grossir, très bien, je ne vais pas l’en empêcher. Mais un plant fatigué, je ne le ranime pas à grands seaux, et un plant neuf, il n’en est pas question à cette date.
Les bacs et les jardinières, en revanche, ils boivent encore. Un bac de 30 cm, c’est un univers à part, ça sèche même en octobre, et un terreau trop fibreux laisse filer l’eau par le fond. Je touche, et quand je peux je soulève le bac pour le peser : léger, j’arrose ; lourd, j’attends. Sur un balcon, septembre n’annule pas la soif.
La pelouse, elle, je la laisse tranquille. Une pelouse d’août jaunie ne se rattrape pas à l’arrosoir tous les soirs de septembre. Une pluie, une rosée, et on verra bien. Je ne fais pas tourner un asperseur pour le principe.
Les vacances de la rentrée
C’est le vrai piège de la saison. On rentre, on bosse, on n’a plus les matins lents. Ou alors on repart une semaine pour les dernières vacances, et le jardin reste là avec sa croûte et des semis qu’on vient tout juste de faire. J’ai déjà semé un vendredi, filé le lendemain, et retrouvé un tapis de rien du tout au retour.
Si vous partez, il y a deux options honnêtes. Soit un voisin, un mot sur la table, un arrosoir, les bacs et les semis à surveiller. Soit un système qui tient trois ou quatre jours : des oyas sur les tomates si elles sont déjà en place, un goutte-à-goutte sur les pots si vous n’avez pas envie de dérouler tout un roman. Aucun des deux ne remplace quinze jours d’absence en pleine chaleur, cela dit. En septembre la chaleur est moins méchante ; c’est l’oubli qui fait des dégâts.
Moi, la semaine, je suis sur les routes, et je rattrape le week-end. En septembre je rattrape moins fort qu’en juillet : un passage le samedi, un coup d’œil le dimanche. Si il n’a pas plu, je m’occupe des semis et des bacs, et pour les tomates je mets le doigt dans la terre au lieu de céder au réflexe.
Le chien, lui, veut toujours se faufiler entre les rangs dès que je sors le tuyau, alors je ferme le portillon, c’est devenu un rituel. Il croit dur comme fer que l’arrosoir est un jeu. Les mâches ne partagent pas cet avis.
Comment j’arrose, quand je le fais
Le matin si je peux, le soir seulement si le matin a filé, et jamais en pluie fine sur les feuilles des tomates. J’arrose au pied et doucement, parce qu’une terre sèche en surface fait ruisseler et que l’eau part dans l’allée du rang plutôt que vers les racines. J’attends un peu, je reviens, je finis : deux passages tranquilles valent mieux qu’un jet de pompier.
L’eau du puits est froide, mais les plants ne s’en formalisent pas tant que je ne les arrose pas en plein cagnard. Et en septembre, le cagnard se fait rare, ce qui arrange tout le monde.
Je n’ai pas de programme du genre « 10 minutes, zone 2 », j’ai des yeux et une main. Si un réseau plus sage vous tente, le goutte-à-goutte se discute, surtout quand on n’a pas de robinet sur la terrasse. Les oyas, comme on l’a vu, tiennent un pied, pas un semis.
Un paillis, même léger, change complètement la question. Une pincée de tonte sèche, des feuilles qui commencent à tomber, un peu de paille, et la surface sèche beaucoup moins vite. J’évite juste d’étouffer les jeunes levées : je paille à côté, ou j’attends que ça ait levé. Sur les tomates, le paillis et l’oya font très bon ménage, moins d’évaporation et moins de croûte.
Un petit calendrier, pas une loi
Semaine 1 de septembre, je sème encore et j’arrose le semis, je remplis les oyas si le col est bas, et je ne relance surtout pas les courgettes.
Semaine 2, je regarde la pluie réellement tombée et pas le souvenir d’un orage. J’éclaircis la mâche si j’ai encore été trop gourmand, et j’arrose seulement si la croûte revient.
Semaine 3, les nuits baissent et l’eau tient mieux, donc j’espace. Je continue les bacs, et je continue à ramasser les limaces le soir, parce qu’elles aime la terre qui redevient douce. L’arrosoir n’est pas leur ennemi ; c’est l’humidité de surface, quand on en met trop, qui leur envoie une invitation.
Après ça, on glisse vers moins de bruit dans le jardin. L’ail viendra plus tard, les feuilles vont tomber, et le jardin se met à boire autrement.
Ce que je réponds, si on me pose la question
Oui, il faut encore arroser en septembre : les semis, les bacs, les tomates qui finissent, quand la terre en dessous est sèche. Pas le jardin entier, pas tous les jours, et surtout pas par habitude d’août. Pour le reste, on laisse les racines travailler un peu, ça leur fait les pieds.
Ce n’est pas le moment de monter un asperseur pour la gloire, ni celui d’arrêter net sous prétexte que le calendrier scolaire a tourné.
Et si vous n’avez jamais mis la main dans la terre pour décider, commencez par là : un doigt, deux trous à des endroits différents. Vous verrez tout de suite s’il faut sortir l’arrosoir ou pas.