Le meilleur composteur de balcon, on me le demande assez souvent, et je n’ai pas de podium à proposer. J’ai trois boîtes en tête : un lombricomposteur à plateaux, un seau bokashi étanche, et un bac fermé d’une cinquantaine de litres. Ni un engin de jardinerie qu’on ne rentre pas dans l’ascenseur, ni un tas à l’air libre au-dessus de la tête de quelqu’un.
Chez moi le compost a de la place, dans un coin derrière le cabanon, avec des feuilles mortes à l’automne, de la tonte et tout le reste. Sauf que ce n’est pas le sujet : le sujet, c’est vous, si vous êtes au troisième avec un syndic et un voisin du dessous qui lève déjà les yeux dès qu’un seau goutte.
Le guide du potager parle du reste de l’année. Ici on reste sur ces trois modèles et sur ce qui fâche vraiment : les odeurs, le règlement, les vers et le liquide.
Un composteur de balcon, ça se ferme. Volume raisonnable, plateau en dessous, et rien qui file le long de la façade. Du lombri à l’ombre si vous acceptez les vers, du bokashi près de l’évier si vous avez une suite pour le contenu, un bac de 50 L si vous voulez simplement moins jeter. Pour le reste, il y a le bac de la ville.
3 modèles que je départage
Je nomme trois modèles qu’on croise souvent, parce que « composteur » tout court ne veut pas dire grand-chose. Chacun a au moins deux points à regarder avant de payer.
Le WormBox, c’est le lombri à plateaux empilés avec un robinet en bas, les vers étant parfois vendus avec et parfois à part. C’est ce que je conseillerais en premier, à condition d’être prêt à vivre avec des Eisenia, à ne pas les cuire au soleil, et à ne pas partir trois semaines sans que personne ne passe. Un WormBox sur un balcon plein sud sans ombre, c’est un four : les vers montent, ou meurent. Un coin à l’ombre, un cache, un linge clair posé sur le couvercle les jours à 30 °C, et tout change.
Le VEVOR 50 L, c’est le bac fermé, à peu près la taille d’une petite poubelle, parfois avec un axe de brassage. Ce n’est ni 400 litres ni un silo de jardin : cinquante litres, ça rentre quelque part, même si ça pèse déjà son poids une fois remplis. C’est celui que je regarderais si les vers vous rebutent et si vous voulez surtout cacher les épluchures le temps que ça descende. Il faudra du carton, des feuilles sèches et un brassage régulier, faute de quoi vous aurez juste une poubelle fermée qui fermente mal et qui sent.
Le Skaza Organko 2, c’est le bokashi qu’on voit partout : un seau d’une dizaine de litres, un joint, un robinet, et une allure assez soignée pour rester près de l’évier ou sur le balcon si la cuisine est pleine. On tasse, on saupoudre le son ensemencé, on ferme, et ça fermente au lieu de pourrir. L’avantage, c’est qu’il y a peu d’odeurs tant que le joint tient, et qu’on peut y mettre un peu plus de choses que dans un lombri, y compris certains restes cuits, avec mesure. L’inconvénient, c’est qu’il vous faut une suite : le contenu du seau, une fois fermenté, ne va pas tel quel dans une jardinière de basilic, il la brûlerait. Il faut l’enterrer, le mélanger à de la terre, et attendre.
Je n’invente ni prix ni référence, les fiches bougent trop d’une saison à l’autre. Comparez les trois sur le volume, le robinet, le joint, et sur le fait que les vers soient inclus ou non. C’est déjà beaucoup.
| Modèle | Volume et forme | 2 choses à vérifier |
|---|---|---|
| WormBox (lombri) | Plateaux empilés, robinet | Vers inclus ou à part, ombre réelle sur le balcon |
| VEVOR 50 L (bac fermé) | Environ 50 L, parfois brassage | Carton et feuilles prêts, poids une fois plein |
| Skaza Organko 2 (bokashi) | Seau ~10 L, joint, robinet | Son à racheter, une suite (terre, ami, local) |
4 critères qui fâchent vraiment
Les odeurs d’abord. Quand ça sent l’œuf, c’est qu’il y a trop de vert, trop d’eau et pas assez d’air. Dans un lombri, on a chargé trop vite, ou mis des agrumes en tas, ou du lait. Dans un bac fermé, on a oublié le carton. Dans un bokashi, on n’a pas tassé, le joint est mort, ou on n’a pas vidangé le jus.
Le voisin du dessous, lui, ne sent pas votre théorie : il sent le filet qui a coulé le long de la façade un mardi. La sœur de Madame, à Clermont, au troisième, avait improvisé avec un vieux bac à linge, et ça a duré onze jours avant que le syndic n’appelle. D’où la règle : un bac posé sur une caisse ou sur des cales, un plateau en dessous, et rien qui dépasse du nez de dalle.
La copropriété ensuite. Je ne suis pas syndic, je vous dis simplement ce que j’ai vu passer. Un composteur de balcon fermé, sans écoulement sur la façade, passe le plus souvent ; un tas, une caisse percée ou un seau qui fuit, non. Le règlement parle rarement de vers, il parle de nuisances, d’odeurs et de propreté des parties communes. Alors avant d’acheter, lisez deux lignes du règlement ou demandez, et si on vous dit non, le bokashi en cuisine est souvent plus discret, puisqu’il reste derrière une porte.
Les vers, enfin, parce qu’on ne met pas n’importe lesquels. Les lombrics de mon tas, ceux du jardin, ne conviennent pas : il faut des vers de compost, des Eisenia, qui vivent dans la matière et non dans la terre profonde. Ils n’aiment ni le gel ni le four, et un balcon en Auvergne au mois de janvier, ça descend bas. Il faut donc rentrer le lombri, l’isoler, ou arrêter l’hiver. Le bokashi s’en moque un peu plus puisqu’il n’y a personne à sauver dedans, et un bac fermé qui gèle voit simplement la décomposition s’arrêter avant de repartir au printemps, ce qui n’a rien de dramatique.
Il y a un quatrième point, le jus. Celui du lombri peut aller au pied des plantes une fois dilué, jamais pur, parce qu’il est fort. Celui du bokashi l’est encore davantage : un bouchon dans un arrosoir, et surtout pas un verre entier dans une jardinière. Quant à un bac sans robinet qu’il faut pencher pour vider, le jus part où il veut, alors prenez un robinet, ou un plateau, ou les deux.
Et si votre immeuble a un composteur collectif en bas, prenez-le sans hésiter : le balcon ne servira plus que de seau d’attente. C’est moins romantique, c’est nettement plus simple.
En pratique : 7 gestes pour que ça ne sente pas
- Je choisis un volume que je vide souvent. Moins de vert, plus de brun, plus souvent. Sur un balcon, deux jours d’épluchures au soleil, c’est déjà trop.
- Je pose le bac sur des cales, avec un plateau. Rien qui file vers la façade, rien qui dépasse du nez de dalle.
- Je mets à l’ombre. Plein sud sans cache, les vers cuisent, le seau sent, le plastique chauffe.
- Je ferme vraiment. Couvercle, joint, journal sur la surface du lombri. Une épluchure qui dépasse, ce sont les moucherons.
- Je vidange le robinet avant qu’il goutte tout seul. Jus dilué, jamais pur sur une salade.
- Je garde un sac de carton brun et de feuilles sèches. Trop de vert, ça sent l’œuf. Le brun, c’est le frein.
- Si je pars, je ne demande pas à quelqu’un de juste vider la poubelle dedans. Carton, un peu de matière, et on laisse. Un lombri nourri trop tard pourrit.
Madame me fait remarquer que même au jardin, le seau de cuisine sent dès qu’on le laisse deux jours au soleil, et elle a raison. Sur un balcon, la différence, c’est que vous n’avez pas un portail : vous avez un palier.
Ce qui va dedans : les épluchures, le marc, les sachets de thé sans agrafe, le carton brun, l’essuie-tout non imprimé, et les feuilles sèches s’il vous en tombe du platane d’en face. Les feuilles aident beaucoup, même en ville, et un sac ramassé à l’automne vous fait votre stock de brun pour tout l’hiver.
Ce qui ne va pas dedans : la viande, le poisson, le fromage en tas, l’huile, le plastique, les agrumes en quantité dans un lombri, l’ail et l’oignon en trop parce que les vers n’aiment pas ça, et les croûtes de pain humides qui attirent tout le quartier. Le marc de café, j’en mets, mais pas que du marc, parce que ça tasse. On alterne.
2 suites pour le compost une fois sorti
Si vous avez un potager en bas ou des bacs sur le balcon, le compost du lombri va au pied des plantes une fois mûr : un peu, mélangé, et certainement pas en couche de cinq centimètres sur une salade. Pour l’hiver, il peut aussi servir à pailler en couche fine sous un autre paillis. Ce n’est pas de la paille, c’est un complément.
Le bokashi, je le répète, ne se pose jamais tel quel : on l’enterre, on attend, on respire un bon coup. Sur un balcon, la suite passe souvent par un second bac, par le jardin d’un ami, ou par le composteur collectif de l’immeuble s’il en existe un. Sans suite, l’Organko 2 devient une boîte qu’on n’ose plus ouvrir.
Le bac de 50 L, lui, donne une matière plus capricieuse et plus lente, et franchement moins belle. Vous n’aurez pas le plus beau compost du quartier, vous aurez surtout moins de sacs à descendre, et c’est déjà quelque chose.
Ce que je ne ferais pas, c’est prendre un grand bac de jardin parce qu’il est en promo. Sur un balcon, c’est trop lourd, trop haut, trop visible et impossible à vider proprement. On reste petit, on vide souvent, et on accepte que le bac de la ville prenne le reste.
Un balcon n’est pas un jardin, après tout. Il n’a pas de terre pour absorber un jus, il a un vent qui rentre sous la porte-fenêtre, parfois le chat du voisin, et une dalle qui n’apprécie pas qu’on lui pose 80 kilos d’un seul côté contre le garde-corps. Donc on ferme, on choisit un volume raisonnable, et on accepte que tout ne rentre pas.
2 leçons que je garde
Au jardin, un automne, j’ai trop chargé le tas avec des tontes et rien d’autre. Ça a senti l’œuf jusqu’au portail, Madame a râlé, j’ai remis des feuilles et j’ai aéré. Sur un balcon vous n’avez pas ce portail, donc c’est moins de vert, plus de brun, et plus souvent.
L’autre leçon tient en deux gestes qu’on ne fait pas : on ne rince pas un seau au-dessus du garde-corps, et on ne colle pas un lombri contre un vitrage plein sud. Dans le premier cas le voisin du dessous n’a rien demandé, dans le second les vers cuisent.
Si je devais avoir un balcon demain, en ville, je prendrais un petit lombri à l’ombre, avec les vers prévus et un plateau en dessous. Si les vers me rebutaient, ce serait un bokashi en cuisine avec une suite bien identifiée. Et le bac de 50 L en dernier recours, pour ceux qui veulent juste une boîte qui ferme.
Vous n’êtes pas obligé de tout composter, d’ailleurs. Une partie, c’est déjà ça de pris, et le potager, même en jardinières, s’en trouvera mieux. L’immeuble aussi, tant que ça ne sent rien.
Si vous n’avez jamais tenu un seau d’épluchures, commencez par le bokashi près de l’évier, ou tout simplement par le bac de la ville. Le lombri, on y vient plus tard, le jour où l’idée d’avoir des vers à nourrir sur son balcon ne fait plus reculer.