Carré de potager paillé à la paille avant l'hiver, terre argileuse au bord

Pailler jardin automne : le geste que je rate moins

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Pailler avant l’hiver, j’ai longtemps sauté le geste. La saison était finie, les courgettes tirées, j’avais assez donné. Puis février, l’argile auvergnate collait aux bottes en plaque, durcie, lisse, sans un ver à la surface. Si vous voulez pailler jardin automne pour arriver en mars avec une terre souple, c’est maintenant, pas en avril quand on a envie de voir le sol nu. Chez moi le jardin n’est pas un carré coincé. Il y a de la place, une pente, de l’argile qui fait des galettes dès qu’on la laisse à nu sous la pluie.

Le paillage, ce n’est pas une mode. C’est un manteau. L’eau reste. La croûte se fait moins. Les herbes, un peu moins. Les vers, un peu plus. Le sol, c’est le sujet de fond. Là, on reste sur ce que je mets dessus, en septembre, avant que ça tourne au chewing-gum. Pour les allées, la toile de paillage a un autre rôle. On n’utilise pas le même outil sur un carré de mâche et sur un chemin de brouette.

Pailler jardin automne, chez moi, c’est 8 cm de paille sur les carrés, 3 à 5 cm de BRF sous les ligneux, et la toile seulement sur les chemins. On pose en septembre, terre encore travaillable, collets libres de 5 cm. Une botte et un seau de compost tiennent mieux qu’un tapis plastique oublié trois ans.

En mars, on a envie de voir la terre. On racle. On sème. On croit que le soleil va tout réparer. L’argile nue, entre novembre et mars, a pris des trombes, gelé, dégelé, battu. Elle s’est fermée. Pailler en septembre, c’est arriver avant. La terre est encore travaillable. On gratte, on sort les pieds, on recouvre, puis on laisse jusqu’à mars.

Huit centimètres de paille, collets libres

La paille, c’est mon premier réflexe au potager. Une botte, on la secoue, on la pose en couche de 8 à 10 cm, pas un duvet de 2 cm qui s’envole. Les guides de paillage organique tiennent souvent cette fourchette : trop fin, le vent gagne ; trop épais en feuilles mouillées, ça pourrit en plaque. Elle clairseme les limaces, c’est vrai. Elle les loge aussi. Je l’accepte. Je ramasse encore un peu, le soir. En hiver, les limaces ralentissent, et la paille reste en place jusqu’au premier semis.

Au printemps, je l’écarte sur la ligne de semis, je sème, je la remets entre les rangs. D’où elle vient : une botte chez un voisin, parfois la jardinerie. Je regarde si elle n’est pas trop « poussière d’avoine pourrie ». Un peu de grain qui germe, ça arrive. Je tire les brins verts. Ce n’est pas un drame, et ça nourrit encore les vers.

Je ne paille pas collé aux collets. Cinq centimètres de libre autour des arbres, des rosiers, des choux s’il en reste. Les campagnols aiment le tunnel chaud contre l’écorce. Je leur en ai déjà offert un, une année où j’avais « bien recouvert » un jeune pommier. Plus maintenant. Le compost, je le mets sous le paillis, pas dessus. Compost, puis paille. L’inverse, le compost sèche et s’envole.

La paille n’est pas propre. C’est blond, ça bouge, le vent la promène jusqu’à la terrasse. Je la mouille un peu après la pose, le premier jour, pour qu’elle se tienne, et au printemps la terre se travaille à la main, pas à la pioche.

BRF 3 à 5 cm, toile à part

Le BRF, bois raméal fragmenté, c’est autre chose. Des copeaux de jeunes branches, pas des plaquettes de palettes. Ça se pose en couche plus mince, 3 à 5 cm, plutôt sous les arbustes, les groseilliers, le long de la haie. Sur l’argile du potager, en tas épais, ça peut faire faim d’azote au contact. Les bactéries mangent le carbone, et vos laitues regardent ailleurs. Je ne l’enterre pas. Je le pose. Je ne le mélange pas à la fourche « pour faire propre ». Au potager, j’en mets peu, et pas l’année où je sème serré.

La toile, c’est le troisième. Allées, fraisiers, parfois un massif que je ne veux plus désherber à genoux. Ce n’est pas un paillis vivant. C’est un couvercle. Je l’ai trop utilisée au début, partout, comme une solution. Le sol en dessous, au bout de deux étés, n’était plus un sol. Sec, mort, des herbes quand même dans les trous. J’en parle dans quelle toile de paillage. Ici, je dis juste : la toile pour les chemins, la paille pour manger, le BRF pour les ligneux. Pas une seule recette sur tout le terrain.

Les feuilles mortes, le hêtre m’en donne. Broyées, 5 à 8 cm sous les haies et dans les allées du potager une fois les cultures sorties. Entières et mouillées en tas sur la pelouse, non. Sur un carré nu, oui, si je les ai passées à la tondeuse. Le noyer, je le mets ailleurs que sur les tomates. On a déjà vu ça, et on n’y revient pas.

L’argile auvergnate, mouillée, c’est de la pâte à modeler. Sèche, c’est de la brique. Le paillis ne change pas la géologie. Il change la surface. Je ne paille pas une flaque. Je cale, je draine un peu, je pose ensuite. Pailler dans la flaque, c’est un nid à pourriture, et au printemps une couche anaérobie qui sent l’œuf. Je ne paille pas non plus les bandes d’ail que je viens de préparer. L’ail veut du drainant. Un duvet après plantation, éventuellement, une fois en terre, léger.

Paille, BRF, toile : le tableau

Ce que le paillis fait, concrètement, chez moi : il casse la pluie, donc moins de croûte ; il tient un peu de fraîcheur, donc moins d’arrosage tardif ; il donne à manger aux vers, lentement ; il gêne les herbes, sans les éteindre toutes ; il évite que je marche dans la glu. Ce qu’il ne fait pas : remplacer un sol mort. Si vous n’avez que de la dalle d’argile depuis dix ans, un tapis de paille n’invente pas du humus en trois semaines, il commence seulement le travail.

Je n’utilise plus de bâche plastique agricole oubliée trois ans. Elle se fragmente. On en retrouve des morceaux au printemps, et après, et encore. Ce n’est pas un paillis. C’est un déchet. Si vous en avez une, vous la sortez. Pas à la fourche en mille morceaux : on tire, on roule, on jette. Un samedi de septembre, un carré vidé, un seau de compost, une botte. C’est deux heures, café compris.

Critère Paille BRF Toile tissée
Épaisseur chez moi 8 à 10 cm 3 à 5 cm À plat, puis gravier ou paille
Carrés potager, entre les rangs Haie, groseilliers, ligneux Allées, massif que je ne griffe plus
Ce que ça nourrit Vers, lentement Carbone en surface, faim d’N si trop épais Rien, c’est un couvercle
Limace / herbe Loge un peu, gêne un peu Gêne, moins de buffet Ombre, herbes dans les fentes
Vers quoi ça pousse Compost sous la paille Peu au potager l’année du semis Toile de paillage 100 à 130 g

Ce que je rate encore : les bords. Je paille le milieu du carré, je laisse une frange nue. Les herbes passent par là. Je recouvre jusqu’au chemin, ou je mets un rang de toile d’allée. Le mélange paille plus toile de chemin, c’est devenu mon automne. Pas une photo de magazine. Un jardin qui tient jusqu’à mars, et une toile seulement là où je ne veux plus mettre le genou.

La pelouse, je ne la paille pas. Évidemment. Les massifs de vivaces, un peu, après la taille, sans noyer les souches. Trop fin, le vent gagne. Trop épais, surtout en feuilles mouillées, ça pourrit et les semis de mars n’ont plus d’air. 8 cm de paille. 5 cm de feuilles broyées. 3 cm de BRF. La toile, à plat, sans bulle.

En pratique

  1. Videz un seul carré d’abord. Tirez les pieds, grattez, pas de flaque. Si ça colle, attendez une éclaircie.
  2. Étalez un seau de compost sur le mètre, mélangez aux premiers centimètres, puis paillez par-dessus.
  3. Posez 8 cm de paille. Mouillez le premier jour pour qu’elle tienne. Cinq centimètres de libre autour des collets.
  4. Sous les ligneux, 3 à 5 cm de BRF, posé, pas enterré. Pas l’année d’un semis serré.
  5. Les feuilles de hêtre, broyées, 5 à 8 cm. Entières sur la pelouse, non.
  6. Allées : toile tissée, pas la paille qui part sous la brouette. Recouvrement, agrafes, un peu de gravier.
  7. Sortez toute bâche plastique fragmentée. On tire, on roule, on jette. On ne hache pas.
  8. En mars, écartez la paille sur la ligne de semis. La terre doit se travailler à la main. Si elle est encore une brique, vous avez trop attendu l’automne d’avant.

Si vous n’avez jamais paillé, commencez par un seul carré. Paille. 8 cm. Collets libres. Vous verrez la terre au printemps, en écartant. Elle sera plus souple. Pas magique. Souple. C’est déjà le jardin qui vous rend un peu, et c’est pour ça que je paille maintenant, pas en février les bottes pleines d’argile.

Le guide du sol replace le geste dans l’année. Pailler jardin automne, c’est le manteau. La toile, c’est l’allée. On n’achète pas les deux pour le même usage.