Si je devais commencer aujourd’hui à récupérer l’eau de pluie, je ne commanderais pas une citerne de tracteur et je ne lancerais aucun chantier. Je mettrais un contenant fermé, assez petit pour que je puisse encore le bouger, sous une descente qui coule déjà, avec un trop-plein qui va quelque part et un robinet en bas. Et ensuite j’arroserais le potager avec, voilà tout.
On m’en parle souvent comme d’un projet. Chez moi, c’est simplement un seau qui a grandi. J’ai aussi un puits pour une partie du jardin, et l’eau du ciel, je la veux surtout pour les tomates, les bacs et le pied des vivaces, pas pour monter une usine. Le guide du potager n’est pas un bureau d’études, ce sont des gestes.
En septembre, ici, les orages reviennent, et c’est le bon moment pour poser quelque chose avant les vraies pluies plutôt que pour rêver d’un réservoir d’hiver qu’on n’installera jamais.
Un litre, un kilo, ne l’oubliez pas. Je commence petit, 50 à 100 litres, dans un bac fermé avec une grille et un trop-plein dirigé vers un massif. Les moustiques, c’est toujours le couvercle qu’on a oublié de remettre. L’eau part au potager et aux oyas, pas à la pelouse. Et si ça déborde, je veux savoir où. On grandit ensuite, si besoin.
3 contenants, un seul que je retiendrais
On l’oublie tout le temps : un litre d’eau pèse un kilo. Cent litres, cent kilos, plus le poids du bac et ce qui reste de terre au fond. Deux cents litres posés sur une dalle de balcon, d’un seul côté, ce n’est plus un accessoire, c’est une charge.
Je commencerais donc petit, avec cinquante litres, ou cent si j’ai de la place au sol et que ce sol est un vrai sol, pas une jardinière sur plots. Le détail des cuves murales, je le garde pour le récupérateur pour petit jardin ; ici je parle de l’idée plutôt que du catalogue.
Trois contenants pour y voir clair. La bassine ouverte ou le fût sans couvercle, d’abord : vous avez de l’eau, des feuilles, des moustiques, et un couvercle que personne ne remet jamais. Je l’ai fait, la bassine a débordé et le fût a fini par sentir.
Le bac fermé de 50 à 100 litres avec robinet en bas et trop-plein prévu, ensuite : c’est celui que je retiendrais pour débuter, assez petit pour être déplacé à vide et assez grand pour tenir les tomates entre deux orages.
La citerne de 300 litres et plus, enfin, ou le cube qu’on ne déplacera plus jamais : trop tôt, trop lourd, et bien trop souvent resté dans son carton jusqu’à Noël. On achète trop grand, on n’installe pas, et on recommence l’année suivante avec un petit modèle.
| Contenant | Volume et fermeture | Ce que j’en fais |
|---|---|---|
| Bassine, fut ouvert | Ce qui tombe, rien ne ferme | Je n’en mets plus. Moustiques, débordement, odeur |
| Bac 50 à 100 L, couvercle, robinet | Encore déplaçable vide | C’est mon départ. Trop-plein vers un massif |
| Citerne 300 L et plus | On ne la bouge plus pleine | Plus tard, si le petit se vide vraiment |
Le poids, je le sens dans le dos dès que j’essaie de déplacer un bac encore à moitié plein. La règle est donc simple : on vide avant de bouger, ou on ne pose jamais un bac qu’il faudra déplacer plein. C’est bête à écrire, et mon dos s’en souvient encore.
4 endroits où l’eau arrive déjà
Chez moi, l’eau arrive déjà quelque part : elle sort d’une descente, elle tombe près du cabanon, elle fait une flaque et elle pourrit le bas du bois. Vous n’avez donc pas besoin de tout revoir, vous avez besoin d’un point où ça coule, d’un collecteur qui retienne les feuilles, les mousses et les bestioles, et d’un contenant fermé.
Je ne grimpe pas, d’ailleurs. L’eau tombe, on la prend en bas. Si la descente est bouchée, on la dégage depuis le sol ou on fait venir quelqu’un, parce que j’ai déjà bien assez à faire avec le potager. On ne refait pas un toit pour un arrosoir.
Un collecteur, même très simple, change tout. Sans lui, vous ne stockez pas de l’eau, vous stockez la gouttière : des graines, des plumes, une pomme de pin, et une eau qui verdit.
Le trop-plein, je le mène vers une zone qui boit, un massif ou une tranchée de gravier, loin des fondations et loin de la porte. Pas vers le voisin, pas vers le tas de bois, et pas dans le compost déjà trop mouillé. Un raccord trop juste qui finit par lâcher revient au même qu’un trop-plein mal pensé, alors on serre, on met un collier, et on va regarder ce que ça donne après la première grosse pluie.
Si vous êtes sur un balcon, ce trop-plein devient le sujet numéro un. L’eau qui tombe chez le voisin du dessous, on en a déjà parlé à propos du compost, et la logique est identique : un plateau, un tuyau qui rentre dans une seconde jardinière, ou alors on reste sur un volume qu’on vide avant l’orage. Le petit récupérateur est fait exactement pour ces cas-là.
Je ne mettrais pas un bac sous la seule descente qui débouche près de la porte si son trop-plein doit passer sous le seuil. Je choisirais plutôt la descente du cabanon, ou celle du côté jardin.
Une dernière chose : les dalles aime pas qu’on les charge d’un seul côté, les vieilles encore moins, et celles sur plots pas du tout. Un plateau sous la cuve répartit un peu le poids, et deux cales stables valent mieux qu’un pied unique.
En pratique : 6 gestes ce matin
- Je regarde où ça coule déjà, sans rien démonter. Une flaque, un bois qui pourrit, une descente qui crache : c’est là.
- Je choisis un bac fermé, 50 à 100 litres, que je peux encore bouger vide, avec robinet et trop-plein.
- Je mets un collecteur simple, ou au moins une grille. Sans ça, vous stockez les feuilles.
- Je pose le bac sur des cales, pas à même une terre qui s’enfonce, pas sur une seule dalle douteuse. Décollé du bois de trente centimètres, si c’est le cabanon.
- Je raccorde le trop-plein vers un massif, en pente, pas en U qui garde l’eau. Grille au départ.
- J’attends la pluie. Je regarde. J’ajuste. Je n’attends pas d’avoir le bon emplacement définitif.
Ce que je ne fais pas, c’est attendre novembre pour voir : en novembre les mains sont froides, la terre est lourde, et on range plutôt qu’on installe.
Grandir, ensuite, ne veut pas forcément dire passer à mille litres. C’est parfois un second bac de cent, monté en série, dont le trop-plein alimente le premier. Les gens veulent le grand geste ; chez moi le grand geste a souvent attendu, alors que le petit avait déjà arrosé les tomates en août.
Une chose que je ne ferais pas non plus, c’est toucher au réseau de la maison. L’eau de pluie n’est pas l’eau du réseau, on ne mélange pas les deux, il y a des clapets, des coupures et des règles. Pour un arrosoir au potager, vous n’avez de toute façon rien à relier à l’évier.
2 ennemis : les moustiques et le gel
Une eau qui stagne à l’air libre, en septembre, c’est un élevage. Près du potager je n’en veux pas, Madame encore moins, et le chien s’en moque jusqu’au moment où on se gratte tous les trois.
J’ai laissé un fût sans grillage un été entier. Les moustiques y ont tenu salon, Madame a compté ses piqûres, et j’ai fini par bricoler une moustiquaire avec un élastique. Ça a tenu jusqu’au premier orage, après quoi j’ai mis un vrai couvercle.
La règle tient donc en trois points : un couvercle, une grille fine sur l’arrivée, et un trop-plein grillagé qui ne se transforme pas en second bassin. On ouvre pour prendre de l’eau et on referme derrière soi, on ne laisse pas ouvert juste le temps d’un café.
Si l’eau est déjà devenue un potage, je la vide au pied d’un arbuste plutôt que dans la bassine des tomates, et je rince le bac. Une fois par an, au printemps, je le lave à la brosse avec de l’eau et je le laisse au soleil, sans javel à tout va, et je recommence si un film reste accroché.
Les pastilles miracles, les huiles et les produits à verser, je n’en fais pas collection. Un bac fermé et propre évite déjà le plus gros. Un bac laissé ouvert « pour que ça respire » fait surtout respirer les moustiques.
Si il gèle, enfin, un bac plein peut souffrir, et ça arrive régulièrement en Auvergne. Je descends le niveau avant les vrais gels, ou je rentre le petit, ou je l’isole, mais je ne le laisse pas gonfler comme une bouteille au congélateur. Un robinet gelé, c’est bête et ça casse. Et un bac collé au bois du cabanon finit par en mouiller le bas avec son trop-plein : trente centimètres de recul suffisent.
5 usages au potager, pas plus
L’eau va au potager, aux bacs, au pied des tomates tant qu’elles tiennent, et aux oyas que je remplis à l’arrosoir plutôt qu’au tuyau de ville. J’ai déjà raconté ce que changent les oyas, et l’eau de pluie, plus douce, leur convient très bien. L’eau du puits fait l’affaire aussi chez moi, et je garde celle du réseau pour la maison et pour les jours sans.
Je ne la bois pas, en revanche, et je ne lave pas la salade avec sans y regarder de près. Si le bac a un film, je l’utilise au pied et pas sur les feuilles, et si je viens de le rincer au savon, j’attends deux pluies avant de m’en servir.
Un kit goutte-à-goutte peut partir d’une cuve, à condition d’avoir un peu de hauteur, une petite pompe, ou un modèle prévu pour ça. Ce n’est pas magique : une cuve posée au ras du sol n’enverra jamais l’eau jusqu’au troisième rang toute seule. En gravitaire il faut de la hauteur, sinon on remplit l’arrosoir et on se promène, ce qui est déjà pas mal.
Je n’arrose pas la pelouse avec mes cinquante premiers litres, en tout cas. Elle se débrouille, ou elle jaunit, et on verra bien. L’eau stockée, je la garde pour ce qui se mange et pour les pots.
En septembre je sème encore un peu, j’arrose moins et je stocke davantage, puisque les orages remplissent le bac. Je tire dessus pour la mâche quand la surface croûte, sans jamais noyer.
Au bout du compte, ce que ça change tient à peu de chose : moins de robinet de maison pour les tomates, une eau moins calcaire sur les oyas et les jeunes plants, et un geste le soir avec un arrosoir sans dérouler cinquante mètres de tuyau. Ce n’est pas l’indépendance, c’est juste un peu moins de réseau sur ce qui n’en a pas besoin.
Si vous n’avez jamais rien récupéré, commencez par un bac fermé de 50 litres et attendez un orage. Vous verrez le poids, le trop-plein, le robinet qui goutte et les feuilles qui arrivent. Vous verrez plus grand ensuite, ou vous en resterez là, et les deux se valent. Le petit récupérateur aide à choisir la forme, pendant que le goutte-à-goutte et les oyas se chargent de servir cette eau une fois qu’elle est là.
Moi, aujourd’hui, je commencerais exactement là : un bac, un kilo par litre, un couvercle et un trop-plein. Le reste viendra tout seul.