Caïeux d'ail plantés en ligne dans un carré de potager, terre drainée, septembre

Planter l’ail et les oignons en septembre

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J’ai fait germer de l’ail dans la cuisine, sans le vouloir. Un filet oublié près du four, octobre encore loin, et les caïeux a germé bien trop tôt : des pointes blanches, molles, déjà fatiguées. Je les ai plantés quand même, par pure obstination, et ça a filé, pourri, et donné trois tiges chétives. Depuis, je ne joue plus avec le filet du supermarché et je ne plante plus « dès que j’y pense ».

Planter l’ail en septembre, chez moi en Auvergne, ne veut pas dire le planter le 2 du mois. Ça veut plutôt dire acheter, trier et préparer la bande. La terre est encore chaude, les nuits commencent à baisser, et un caïeu mis en terre trop tôt se réveille, croit au printemps, et se fait bousculer par le premier redoux de novembre.

Pour le reste de la saison, j’ai déjà raconté que planter en septembre : mâche, épinards, navets. L’ail, lui, mérite sa bande à part.

Planter l’ail en septembre, ici, c’est d’abord préparer une bande drainante et acheter des caïeux de plantation, pas récupérer le filet posé près du four. Les oignons bulbilles peuvent y aller à la mi-mois si la terre se tient, et l’ail vient souvent plus tard, quand les nuits sont vraiment fraîches. Trop tôt ça file, trop bas ça pourrit.

3 raisons de ne pas tout mettre en terre le 2

Madame me demande chaque année pourquoi une planche reste vide à cette date. Je lui réponds qu’elle n’est pas vide, elle attend. Le chien, lui, s’en moque complètement et la traverse.

La première raison, c’est une terre encore tiède. Un caïeu planté trop tôt démarre, puis il stagne, ou il pourrit, ou il se fait avoir par un gel précoce arrivé après un redoux. Je ne suis pas un calendrier de jardinerie collé sur le Puy-de-Dôme, je suis la terre, et si à dix centimètres c’est encore l’été, j’attends.

La deuxième, c’est la place. Les tomates occupent encore une partie du carré, et je n’arrache pas un pied qui porte des fruits pour y coller de l’ail. Une bande libérée est une bande libérée ; le reste peut patienter jusqu’en octobre.

La troisième, c’est le stock. Je n’achète pas trois kilos au cas où, parce que l’ail se conserve très bien et que trop de caïeux veut dire trop de rangs et trop de désherbage. Une planche raisonnable suffit, on ne tient pas une ferme.

Le mois se déroule donc à peu près ainsi : début septembre j’achète, je trie et je prépare, pendant que je sème la mâche ailleurs. Je ne plante pas l’ail le 2, sauf année très sèche avec une terre déjà froide le matin, ce qui reste rare. À la mi-septembre, les oignons bulbilles peuvent partir si la terre se tient. Et fin septembre, en octobre, parfois début novembre, vient le tour de l’ail, quand les nuits ont vraiment baissé et que la terre reste travaillable sans être une flaque.

Si ça sort trop vite, trop vert et trop haut avant l’hiver, c’est que j’ai planté trop tôt. On ne rattrape rien en tirant sur la feuille, on note simplement pour l’année suivante.

2 caïeux que je jette (et ceux que je garde)

Le filet du supermarché, celui qu’on épluche pour la soupe, n’est pas fait pour être planté. Il a souvent été traité pour ne pas germer, ou au contraire il germe n’importe quand au fond d’un tiroir, avec des variétés inconnues et une origine lointaine. On peut avoir de la chance, comme on peut introduire de la pourriture blanche dans le carré, et là c’est toute la planche qui trinque pendant des années.

Je prends donc de l’ail de plantation certifié, au rayon jardin et pas au rayon fruits, rose ou blanc selon ce que je trouve. Deux choses que je vérifie en le touchant : des caïeux fermes et sans tache, et un germe court s’il y en a un, pas une pointe molle de cinq centimètres. L’ail rose a mieux tenu mes hivers humides, l’ail blanc se montre un peu plus exigeant sur le froid sec, et je n’en ferai pas une thèse.

Pour les oignons, mêmes précautions : des bulbilles de plantation, de calibre moyen. Ceux du filet de cuisine, trop mous et trop avancés, je les mange plutôt que de les enterrer.

Si vous n’avez que le filet et qu’il a déjà germé, tentez éventuellement dans un coin isolé, jamais sur la planche principale. Moi je ne le fais plus, j’ai assez donné.

Quant aux caïeux déjà germés, trop longs, trop blancs et trop mous, ils vont au compost. Un germe court et ferme, en revanche, je peux le planter sans arrière-pensée.

3 options pour planter l’ail (ou pour attendre)

Ce n’est pas une loi gravée, c’est ce que la terre raconte, ici.

Option Quand Ce que je fais
Trop tôt, terre encore d’été Début septembre, 10 cm encore tièdes J’achète, je trie, je rentre les caïeux au cabanon, pas près du four
Oignons maintenant, ail plus tard Mi-septembre, terre qui se tient Bulbilles pointe au ciel, une ou deux rangées, pas six
Ail quand les nuits ont vraiment baissé Fin septembre, octobre, parfois début novembre Caïeux certifiés, bande drainante, on oublie jusqu’au printemps

Le sol doit drainer, sinon rien ne sert de planter. Ici l’argile colle, et après les premières pluies une cuvette devient une baignoire. De l’ail dans une baignoire, ça pourrit, sans discussion possible.

Je choisis donc une bande qui sèche, légèrement en pente, jamais le bas du jardin où l’eau s’amuse. Je décompacte à la fourche sans retourner comme un forcené, j’ôte les cailloux qui me gênent sans prétendre enlever tous les cailloux du monde, et j’ajoute ce qui allège : du compost mûr, un peu de sable si c’est vraiment collant, et surtout pas un seau d’azote.

Septembre n’est pas le mois du terreau de semis, c’est celui d’un sol qui vit, qui se tient et qui ne noie pas. J’y reviens à midi dans terreau et amendement d’automne, parce qu’un sac « universel » déversé en tas se fait lessiver par la pluie et l’argile reprend ses droits.

Le fumier frais, c’est non : ça brûle, ça retient l’eau et ça invite les bêtes. Le fumier composté et bien vieux, oui, mélangé à la terre, et pas en couche de cinq centimètres juste sous le caïeu.

Pour le pH, l’ail n’apprécie pas les sols trop acides. Chez moi ce n’est pas la lande, alors je ne vais pas ajouter de la terre de bruyère pour faire savant. Si votre terre est vraiment acide, un peu de chaux à l’automne est un geste à part entière, pas un caprice du dimanche.

En pratique : 5 gestes le jour où je plante vraiment

Un après-midi, j’ai planté dans une terre encore grasse qui se tenait « à peu près ». Après la pluie, les rangs avaient disparu dans une flaque, et au printemps il restait trois tiges. Depuis, j’attends un jour où la terre se tient vraiment.

  1. Je casse la tête le jour même, ou la veille. Peau sur le caïeu, je la laisse. Pointe vers le haut.
  2. Trois fois la hauteur du caïeu, en gros : un caïeu de 3 cm, recouvert de 6 à 9 cm, selon la terre. Trop superficiel, le gel et les oiseaux. Trop profond, ça peine.
  3. Espacement : 10 à 15 cm sur le rang, 25 à 30 cm entre les rangs. J’ai déjà serré. J’ai récolté des têtes petites et un tapis de mauvaises herbes impossible à rattraper.
  4. Bulbilles d’oignon, pointe au ciel, un peu moins profond. 8 à 10 cm sur le rang. Une rangée, deux, on mange. Six rangées, on pleure en juin quand ça monte.
  5. Un arrosage léger si c’est sec comme août. Souvent, en septembre, la pluie s’en charge. Je n’arrose pas tous les jours « pour que ça parte ».

Ce que je ne fais jamais, c’est planter dans une terre détrempée. Une fois le rang en place, on oublie jusqu’au printemps ou presque, avec un désherbage de temps en temps et un coup d’œil après une grosse pluie.

4 voisins indésirables, et le filet

Les oiseaux tirent les bulbilles comme des bonbons, les chats du village viennent s’y rouler, et le chien passe par-dessus. Je ne monte pas un fortin pour autant : parfois un filet anti-insectes ou un voile, le temps que ça s’ancre. Le filet me sert surtout plus tard dans la saison, pour d’autres rangs ; sur l’ail, le vrai problème reste le passage et les oiseaux.

Les limaces, en septembre, s’occupent surtout de la mâche et l’ail les intéresse beaucoup moins, ce qui n’est pas plus mal.

Pour la pourriture blanche, la rouille ou le mildiou de l’oignon, je ne traite pas en préventif « par principe », je fais tourner les cultures. Je ne replante pas l’ail là où l’ail vient de pousser, et j’essaie de respecter trois ou quatre ans quand c’est possible. Sur 20 m² on fait ce qu’on peut, et j’évite au minimum la même bande l’année suivante.

Ce que je ne fais plus, en résumé : planter le 1er septembre pour être en avance, laisser germer un filet sur le radiateur, mettre l’ail dans le bas du jardin là où ça brille après la pluie, et le nourrir à l’azote comme des tomates.

Un ail planté correctement, au bon endroit, démarre proprement au printemps, avec de vraies feuilles et non une tige unique et molle de cuisine, puis fait sa tête. On récolte l’été suivant, c’est long, et c’est le principe même de cette culture.

Les oignons de bulbilles vont plus vite, et on en mange bien avant. S’ils montent trop tôt, c’est souvent le stress, le sol, ou la chaleur d’un faux printemps ; je ne panique pas, je les mange.

Le guide du potager relie tout ça. Pour l’ail, septembre est moins un jour J qu’une bande prête, des caïeux sains et une terre qui sèche. Le supermarché, je le laisse au supermarché.