Protéger les agrumes pour l’hiver, chez moi, ça commence en septembre, et pas avec du plastique : avec du rangement de tête. Le citronnier, je l’ai mis en bac contre le mur ouest, c’est ce que j’ai trouvé de plus malin ici. Le mur rend un peu de chaleur le soir, le vent d’est casse moins fort, et on le voit depuis la cuisine. En août il fait le fier ; en novembre, un gel précoce peut lui cuire les racines avant même que j’aie retrouvé le voile.
Le guide des végétaux s’occupe des haies et des arbres. Ici, on parle des pots : ceux qu’on peut encore déplacer, ceux qu’on oublie, et ceux qui restent trop près de la gouttière.
Protéger les agrumes, ce n’est pas les emballer le 5 septembre. C’est grouper les pots, vider les soucoupes, et retrouver le voile avant la nuit à 2 °C. Le citronnier reste au mur ouest, ou il rentre dans un endroit clair. Le plastique collé, ça cuit, et le gel de novembre n’attend pas la Toussaint par ici.
4 préparatifs dès septembre, pas la veille
En Auvergne, le calendrier ment. On profite encore d’après-midi doux et on se croit trois cents kilomètres plus au sud, puis arrive une nuit à 2 °C, parfois avant la Toussaint, et le bac a gelé sur les bords. Les agrumes en pot a besoin d’eau même en septembre, et surtout de racines qui ne soient pas déjà stressées. Si vous attendez la première gelée blanche pour déplacer un pot de 40 litres, vous le déplacerez mal, dans le noir, en jurant.
Septembre, c’est donc arrêter de nourrir comme en juillet, vérifier que le trou de drainage n’est pas bouché par les racines, rapprocher les pots du mur ou d’un angle du cabanon, décider lesquels rentreront et lesquels resteront avec un voile plus tard, et regarder le poids de chacun, parce qu’un bac gorgé d’eau, c’est votre dos qui paie.
Je ne sors pas le voile le 5 septembre pour autant, ce serait bien trop tôt et on cuit la plante. J’ai déjà protégé trop vite. Le voile d’hivernage, en P17 ou P30, c’est pour le moment où les nuits le réclament, et jamais collé comme un sac poubelle. Ici, on prépare seulement la place.
Une année, j’ai voulu prendre de l’avance un dimanche de septembre : voile, ficelle, citronnier habillé de pied en cap. Trois après-midi à 22 °C plus tard, les feuilles étaient molles avec une odeur de serre trop chaude. Depuis, septembre sert au regroupement et au drainage, et le tissu vient plus tard.
3 familles de pots, pas le même contrat
Un citronnier en pleine terre, chez moi, c’est une blague ; en bac, c’est un compromis. Il veut de la lumière, il craint le gel et il craint l’excès d’eau. Le mur ouest lui offre le soleil d’après-midi et un peu de restitution le soir, alors que le nord signifie l’oubli et le plein est le vent.
En septembre, je tourne le bac d’un quart de tour, doucement, pour que le même côté ne reste pas éternellement à l’ombre de lui-même. Ce que je ne fais pas, c’est le sortir au milieu de la pelouse pour qu’il profite : une rafale, un pot qui roule, et trois mois de travail par terre. Ça m’est arrivé avec un romarin trop léger, le chien a terminé le travail, et le romarin n’a pas apprécié.
J’arrête aussi l’engrais riche à cette date. S’il reste des fruits, je les laisse mûrir s’ils en ont le temps, sans chercher à forcer une deuxième vague. Les jours raccourcissent, et la plante le sait très bien dès qu’on cesse de lui mentir à coups d’azote.
Pour l’eau, il en faut encore, mais moins, et je me fie au doigt dans la terre plutôt qu’au calendrier. Un bac exposé au vent sèche encore vite, alors qu’un bac sous un débord de toit reste mouillé trois jours. Les racines pourrissent sans bruit, et on s’en aperçoit trop tard : feuilles molles, puis jaunes, puis par terre.
Ensuite, chacun son cas. L’olivier en bac, le laurier-rose, le figuier que j’avais cru rustique, le romarin trop beau pour rester au milieu de la terrasse : ils n’ont pas tous le même contrat.
L’olivier peut passer un hiver contre le mur si l’hiver est gentil. Un hiver méchant, en revanche, les racines en pot gèlent bien plus vite qu’en pleine terre, alors je le rapproche et je le surélève sur une planche. Et je vide la soucoupe, parce qu’une soucoupe pleine en novembre devient une patinoire pour les racines.
Le laurier-rose, je l’ai perdu une fois, dans un bac trop petit oublié au milieu de la terrasse, à cause d’un gel de novembre. Plus de laurier, et plus de bac non plus, le gel l’avait fendu. Maintenant il vient se ranger près du mur avec les autres.
Les succulentes et les géraniums, si on tient à les garder, rentrent à l’abri ; sinon on bouture et on leur dit au revoir. Je ne monte pas un déménagement complet pour quatre pots.
Les aromatiques en jardinière, persil et ciboulette, peuvent rester dehors plus longtemps. Le basilic, non : septembre n’est plus son mois.
3 options pour passer l’hiver
| Option | Pour qui | Limite chez moi |
|---|---|---|
| Rentrer (clair, hors gel, pas un cellier noir) | Citronnier, géraniums, succulentes | Place, lumière, on n’entasse pas |
| Mur ouest + voile plus tard (P17 / P30) | Olivier, laurier, agrume déjà calé | +2 à 4 °C, jamais collé, aérer au redoux |
| Mini-serre lestée | Petits pots, jardinières, balcon | Pas un citronnier adulte. Vent, lestage |
Sur un balcon, le raisonnement est le même en plus serré. Une mini-serre peut dépanner les plus petits pots, à condition d’être lestée et de ne pas devenir un château de plastique au vent. Ce n’est pas une serre pour agrume adulte, c’est un abri de jardinière, et le citronnier en gros bac reste au mur ou rentre à l’intérieur.
Ce que je prévois, d’ailleurs, ce n’est pas « l’hiver » en bloc : c’est une nuit à -3 °C en novembre, suivie d’un redoux, suivi d’une autre nuit froide. C’est cet enchaînement qui tue. On couvre, on oublie d’aérer et ça cuit ; ou on découvre trop tôt et ça gèle.
Alors dès septembre, je groupe. Les pots les plus sensibles vont le long du mur ouest, derrière un bout de haie quand c’est possible, ce qui fait un microclimat modeste mais utile. Je garde simplement un passage pour le tuyau et pour le chien.
Je prépare aussi le voile, ce qui veut surtout dire le retrouver et le pendre dans le cabanon à portée de main, pas au fond sous les tuteurs. Le soir où ça pique, on n’a aucune envie de jouer à cache-cache. Une fois, le voile était coincé sous les cages à tomates : il était 18 h, on annonçait 1 °C, je cherchais à la lampe du téléphone en râlant, et c’est Madame qui a fini par le trouver. Depuis, il a son crochet.
En pratique
Je commence par vérifier le drainage : un tesson, une grille, ce que vous voulez, du moment que l’eau sort. J’ai eu un bac dont le trou s’était transformé en racine, et j’étais persuadé d’arroser trop alors qu’il était simplement bouché. J’ai couché le pot, dégagé le trou, et perdu la moitié de la terre sur mes chaussures. Autant faire ce genre de bêtise en septembre, quand il fait encore doux.
Je surélève ensuite les pots, avec deux tasseaux, une brique ou un pied de pot. L’eau s’en va, et le gel du sol atteint moins facilement le fond. Rien de miraculeux, juste moins bête que de laisser le plastique noir posé à même une dalle froide.
Ce que je ne fais plus, c’est rempoter un agrume en septembre pour qu’il soit bien installé. Rempoter est un choc, et ça se fait plutôt au printemps quand la plante repart. En septembre, on nettoie la surface, on enlève les feuilles malades, et on laisse tranquille.
Si la terre est vraiment épuisée, un peu de compost en surface suffit, et surtout pas un sac déversé. Les racines d’automne n’ont réclamé aucun chantier.
Je n’emballe plus rien dans du plastique transparent pour bricoler une serre non plus : ça chauffe au soleil de midi, ça gèle la nuit, et ça pourrit. Le voile viendra plus tard ; le plastique, presque jamais.
Je n’arrose plus à l’eau glacée du tuyau le soir par principe. L’eau du puits est déjà froide ici, alors j’arrose le matin quand c’est nécessaire.
Je ne laisse plus les pots dans la traînée de la gouttière, parce qu’un hiver de trop-plein finit en noyade.
Et je n’achète plus un deuxième citronnier sous prétexte que le premier a mauvaise mine en octobre. Je le soigne, ou j’abandonne. Un plant neuf en octobre, chez moi, c’est un cadeau offert au gel.
2 calendriers : le mien, et celui du ciel
La semaine du 12, je groupe les pots, je vide les soucoupes, je vérifie les trous de drainage et je décide qui rentrera dans le cellier clair, jamais dans le noir.
Plus tard en octobre, je réduis encore l’eau, je sors le voile les nuits annoncées, et je le retire le matin dès qu’il fait doux.
En novembre, je ne me raconte plus qu’on n’est que le 5. Un gel précoce, ici, n’a rien d’une légende : c’est une année sur trois, parfois davantage.
Pour le reste de l’année, le guide des végétaux fait le travail. Les haies, c’est un autre sécateur ; les pots, c’est le dos et le thermomètre.
Si vous n’avez qu’un citronnier, commencez par le mur, le drainage et le voile déjà repéré. Vous n’avez pas besoin d’une véranda, vous avez besoin de ne pas découvrir le gel à 7 h du matin, en chaussons.
Protéger un agrume l’hiver, ça se résume à peu près à ça : une place, un trou qui draine, et un tissu à portée de main. Le reste, c’est de ne pas mentir à la plante en septembre avec de l’azote et un arrosage d’août.