Massif de vivaces en septembre, têtes de graines laissées pour les oiseaux

Tailler les vivaces en septembre (sans toucher aux haies)

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Tailler les vivaces en septembre, chez moi, ça n’a rien à voir avec le jour du taille-haie. C’est une promenade dans les massifs, un sécateur à lames franches dans la poche, et trois décisions à prendre : ce qui pourrit, ce qui reste debout pour les oiseaux, et ce que je ne touche surtout pas. Les vivaces, donc, pas les haies : si vous cherchez comment tailler vos haies, c’est déjà écrit ailleurs, et ici on reste au ras des souches.

Je n’ai pas un jardin de catalogue, j’ai des bandes un peu folles le long de l’allée et derrière la terrasse : rudbeckias, échinacées, sedums, phlox fanés trop tôt, asters qui commencent, et quelques graminées. En Auvergne les nuits baissent vite, et le premier gel peut arriver en octobre, parfois plus tôt dans un creux. Je ne rase donc pas tout parce que le calendrier me le dit, je trie.

Le guide des végétaux range le reste, les haies, les feuilles, ce qui déborde. Aujourd’hui je parle uniquement de ce que je coupe et de ce que je laisse.

En septembre je trie : je coupe le malade, le mou, ce qui verse sur le passage, et je laisse les têtes dures, les sedums et les graminées. Un sécateur à lames franches, une caisse, un matin sec, une heure. Ni haie ni rituel.

3 familles que je coupe vraiment

Je coupe ce qui pourrit, ce qui verse et ce qui est malade, rien de plus. Chez moi, trois familles passent au sécateur dès le début du mois.

Les phlox d’abord. Vers le 7, les tiges sont déjà tachées, les feuilles collées, avec un peu de blanc dessus, et je les ramène à une quinzaine de centimètres. Une année je les ai laissés s’effondrer sur le sedum d’à côté, et j’ai retrouvé au printemps un tapis de tiges molles avec le sedum étouffé en dessous, ce qui m’a passé l’envie de recommencer. Ce que je sors de malade part à la déchetterie et pas au compost du potager : je ne mélange pas le blanc des phlox avec la terre des tomates.

Les hémérocalles ensuite. Je retire les hampes une fois les fleurs passées depuis longtemps, mais je laisse le feuillage tant qu’il est vert, parce qu’il nourrit encore la souche. Quand il jaunit pour de bon, plus tard dans la saison, je le tire, et il n’y a pas besoin d’être précis au centimètre.

Les géraniums vivaces et les delphiniums enfin. Les géraniums qui tapissent le chemin, je les raccourcis d’un tiers sans les raser, ils font encore un peu de vert et le chien passe moins dessus. Les delphiniums, s’il en reste, je coupe au-dessus d’une feuille saine ; chez moi ils ont souvent déjà filé en août, alors septembre se résume à du ménage.

Je ne touche pas aux arbustes et je ne grimpe nulle part. Ce n’est ni le même geste, ni le même outil, ni la même fatigue. Un lundi matin avant la tournée, je reste à genoux dans le massif et ça me va très bien.

Famille Gestes en septembre Ce que je jette où
Phlox, tiges malades Couper ras, 10 à 15 cm Déchetterie, jamais le compost
Hémérocalles, delphiniums Hampes et tiges molles Compost si c’est sec et sain
Échinacées, rudbeckias, graminées Rien, ou juste le cassé On verra en février

4 plantes que je laisse aux oiseaux

Voilà le vrai septembre, celui que les magazines rendent beaucoup trop propre. Chez moi, quatre plantes restent debout.

Les échinacées, je les laisse, parce que les têtes de graines tiennent tout l’hiver et que les chardonnerets passent. Même les mésanges viennent y chercher quelque chose quand il gèle. Une année j’avais tout coupé pour faire net avant une visite : le massif avait l’air d’un champ rasé, les oiseaux sont allés voir ailleurs, et Madame a trouvé ça plus propre pendant que moi je trouvais ça surtout triste.

Les rudbeckias, c’est pareil. Les cônes noirs restent en place, ils tiennent la neige quand il y en a, et ils donnent un peu de structure au massif. Je les coupe en février ou en mars, au moment de préparer la saison, jamais maintenant.

Les sedums, surtout les grands, je n’y touche pas non plus. Ils sont encore beaux à cette date, ils vont bronzer puis sécher, et les insectes s’y cachent volontiers. Les raser en septembre, c’est se priver du spectacle d’octobre sans rien gagner en échange.

Les graminées, miscanthus et calamagrostis, restent en place elles aussi. Elles bougent, elles font du bruit, et elles cassent un peu sous la neige, ce qui n’est pas bien grave. Je les rabats au printemps, et les couper maintenant serait une privation pour rien.

Quant aux cardons et aux chardons ornementaux, s’il vous en reste, les oiseaux aime ça, alors je les laisse debout jusqu’au bout.

En revanche je ne laisse pas les tiges molles qui s’effondrent en bouillie dès la première pluie : celles-là n’aident personne, ni les oiseaux ni le massif. Un coin un peu salissant derrière le cabanon, très bien ; un tapis pourri sur le sedum, non.

En pratique : 6 gestes un matin sec

  1. Je me promène d’abord sans sécateur. Je regarde ce qui tient, ce qui verse, ce qui est encore en fleur. Sinon la main coupe trop, trop vite.
  2. Je sors le même sécateur qu’aux tomates. Lames franches, propres, pas un modèle électrique pour six massifs. Je n’en change pas.
  3. Je commence par le malade. Ensuite le mou. Ensuite ce qui gêne le passage. Ce qui est beau, je le contourne.
  4. Je désinfecte la lame si je passe d’un phlox malade à une plante saine. Un coup de papier, un peu d’alcool, ou je change de zone. Ce n’est pas du bloc opératoire.
  5. Je sors les déchets le jour même. Un tas de tiges au bord du massif, c’est une invitation aux limaces. Malade à la déchetterie. Sain et sec, compost ou paillis plus tard.
  6. Si il pleut, je reporte. Tailler des phlox sur feuillage mouillé, je n’aime pas, on promène encore plus le champignon. Un matin sec, même frais, c’est mieux.

Je m’agenouille, je coupe au-dessus d’un nœud ou près du sol selon la plante, et je dépose au fur et à mesure dans une caisse. Ça me prend une heure, parfois deux si j’ai laissé filer les choses. Je mets des gants, aussi, parce que les sedums piquent un peu et que les graminées coupent ; j’ai déjà fini une après-midi les mains en sang pour trois malheureuses tiges, ce qui était assez bête.

Quand la tige est sèche et creuse, je coupe net. Quand elle est encore verte, je ne rase pas trop bas, parce que la plante a encore ses réserves à ranger. On n’est pas en mars.

Une fois fini, je range le sécateur et je ne file pas sur la haie tant que j’y suis. Mélanger les deux, c’est finir la haie à la va-vite et rater les vivaces.

2 moments où je ne taille pas

Septembre n’est pas le moment de diviser toutes les souches. La terre est encore chaude et les racines peuvent effectivement reprendre, d’accord, mais je préfère diviser au printemps, ou alors très tôt en septembre quand une plante étouffe vraiment sa voisine. Je ne passe pas un dimanche entier à tout débiter : trop de plantes nues juste avant un gel précoce, c’est une mauvaise idée.

Ce n’est pas davantage le moment de nettoyer comme on range un salon. Un jardin trop propre en hiver est un jardin sans abri, et les coccinelles, les chrysopes et les oiseaux n’ont pas de cabanon où se mettre.

Je ne mets pas non plus de voile sur les vivaces rustiques, elles n’en ont aucun besoin. Le voile, je le garde pour les pots et les deux ou trois sujets qui craignent vraiment, et j’ai déjà écrit comment je m’y prends avec un voile d’hivernage. Ce n’est pas le sujet du jour, juste un rappel au passage : on ne cuit pas un sedum sous une housse posée trop tôt.

Les annuelles qui ont fini leur saison, en revanche, je les arrache : les cosmos, les zinnias, tout ce qui a noirci, et ça libère la place. Si le sol se retrouve nu, je pourrai pailler plus tard ou le laisser respirer un moment. Je ne sème pas encore de vivaces, ce n’est pas le jour pour ça.

Le long de l’allée, côté ouest, j’ai les rudbeckias et les échinacées : je retire les tiges cassées, je laisse tout le reste, et je désherbe un peu au pied sans y passer la matinée. Les premières feuilles du hêtre commencent à tomber par là, et je ne les ramasse pas toutes, une partie ira au pied des plantes plus tard.

Derrière la terrasse, ce sont les phlox, les asters et un vieux pied de sauge. Je coupe les phlox, je laisse les asters fleurir tranquillement, et je raccourcis seulement la sauge qui verse sur les dalles. Le reste attendra le mois de mars.

Près du cabanon il y a des heuchères et des hellébores qui n’ont encore rien à raconter. Je retire les feuilles pourries des heuchères et je ne touche presque pas aux hellébores : leurs vieilles feuilles, je les enlèverai quand les fleurs pointeront, pas avant.

Au fond, vers la pente, j’ai des graminées et un rudbeckia qui s’est ressemé tout seul, et là je ne fais rien du tout. C’est mon coin « on verra au printemps », et il faut bien un endroit dans le jardin où je ne sois pas derrière tout le monde.

Si vous n’avez que trois pieds d’échinacée dans une jardinière, le principe reste exactement le même : coupez ce qui pourrit, laissez les têtes dures, et ne rasez pas pour faire joli sur une photo.

3 erreurs que je connais trop

Il m’arrive de tailler trop tôt les sedums, les années où un orage les a couchés et où ça m’agace de les voir avachis. Je devrais les redresser avec un lien plutôt que les couper, je le sais parfaitement, et je recommence quand même.

Il m’arrive aussi de laisser les phlox malades encore une semaine, puis encore une, et de finir par râler quand tout colle.

Et je n’étiquette jamais rien, ce qui me vaut au printemps de contempler un trou vide sans savoir si c’était un delphinium ou une taupe. Un bout de bois et un nom au crayon suffiraient largement, mais je ne le fais pas assez.

Vous pouvez d’ailleurs tout laisser, c’est une option parfaitement valable : le jardin n’en mourra pas, il sera simplement plus chargé en mars. Vous pouvez aussi tout couper, et les oiseaux iront chez le voisin. Moi je fais le milieu, un peu de net et un peu de salissant, et ça me convient.

Si vous n’avez jamais taillé une vivace, commencez par une tige déjà sèche, une seule, et vous verrez que ce n’est pas un examen. Le guide des végétaux sera là pour le reste quand vous voudrez. Aujourd’hui c’est juste ça : ce qu’on coupe, ce qu’on laisse, et pas une haie en vue.