Ma première toile de paillage, je l’ai achetée parce que c’était écrit « plus de mauvaises herbes » sur le film. Le premier été, c’était presque vrai. Le deuxième, elle s’est déchirée au passage de la griffe, puis au gel, puis au soleil, et je me suis retrouvé avec des lambeaux noirs dans l’argile. Si vous cherchez une toile qui tienne plus d’une saison, commencez par le grammage plutôt que par la promesse imprimée. Chez moi le jardin est grand, ce n’est pas un square : j’ai besoin d’allées qui tiennent, et de deux ou trois massifs que je ne veux plus désherber à genoux tous les quinze jours.
Ce dont je n’ai pas besoin, en revanche, c’est d’un tapis mort sur tout le potager. Le paillage, c’est d’abord la paille et les feuilles. La toile n’est qu’un outil parmi d’autres, et on l’achète pour un chemin ou un massif de groseilliers, jamais pour recouvrir la mâche.
Une toile de paillage qui tient, chez moi, c’est du tissé en 100 à 130 g, avec des lés recouverts de 15 cm et des agrafes en U tous les 50 cm. Le non tissé en 30 g se déchire souvent dès le deuxième été. Je lis le grammage sur la fiche, pas le nom imprimé sur le film.
Je ne vous mets pas de fiche produit avec une référence sortie du chapeau. GroundMaster, on voit le nom dans les rayons et sur les rouleaux verts ou noirs, plutôt du tissé et plutôt le genre de grammage qui tient une allée, et d’autres marques font exactement la même chose. Je vise donc le type et pas le logo : du tissé, en 100 à 130 g, et surtout pas le voile promo qui part en peluche.
Tissée 100 à 130 g, pas le feutre 30 g
La non tissée, c’est le feutre, souvent en 30 à 50 g et parfois un peu plus. Ça se coupe aux ciseaux, ça se pose vite, et ça se déchire au deuxième été, parfois avant. Le gel la casse, la griffe la perce, une canne de framboisier la traverse sans effort. Je ne l’utilise plus que sous un paillis de bois, pour un an, en sachant très bien que je la ressortirai.
La tissée, c’est du polypropylène en trame, on voit les fils. Elle existe en 80, 100, 130 g au mètre carré et parfois davantage, et plus c’est lourd, mieux ça tient sous le pied, sous la brouette et sous le soleil. La zone des 100 à 130 g, c’est là où ça commence à ressembler à quelque chose : en dessous on est encore dans le consommable, au-dessus on part souvent sur du chantier, plus raide et beaucoup plus pénible à découper autour d’un rosier.
Reste la couleur, vert ou noir. Le noir chauffe au soleil, ce qui peut aider un plant de courge en juin et cuire un jeune collet en juillet ; le vert se voit moins dans un massif. Pour une allée recouverte de graviers, franchement, on s’en fiche, et je prends ce qu’il y a au bon grammage. Deux caractéristiques à lire avant de mettre au panier, donc : le grammage en g/m², et le fait que ce soit tissé, avec la trame visible, plutôt que du feutre.
J’ai passé un samedi entier à tirer des morceaux de feutre 30 g, des lambeaux noirs avec des herbes dans chaque fente, et je n’en rachète plus. Les toiles se déchire au deuxième été quand elles sont trop légères, mal agrafées, ou quand on marche dessus avec des crampons. Il n’y a aucune surprise là-dedans, c’était écrit d’avance, et c’est pour ça que je paie le grammage plutôt que la promo trois rouleaux.
Découpe, recouvrement de 15 cm, agrafes longues
Je pose sur un sol griffé et nivelé, jamais sur des cailloux pointus, parce qu’un caillou finit toujours par percer à la longue. Je déroule, je laisse dépasser, et je recouvre les lés de 10 à 15 cm au lieu de faire un joint à plat qui s’ouvrira au premier coup de vent. Le vent, ici, s’engouffre : une toile mal lestée claque, se plisse, et les herbes passent tranquillement dans le pli.
Pour les agrafes, il en faut des longues, en U, pas les petites agrafes de bureau du jardinage. Comptez-en une tous les 40 ou 50 cm sur les bords, plus quelques-unes au milieu sur une allée. Au collet des plantes, je coupe une croix et pas un trou de 20 cm « pour être large » : large, c’est l’herbe qui revient. Serré, avec un paillis par-dessus pour cacher le noir et tenir l’humidité, voilà qui marche mieux. Autour des arbustes déjà en place, je fends jusqu’au tronc, je glisse la toile et je recouvre la fente, sans serrer le collet, en laissant un peu d’air. Les campagnols, encore eux : un paillis épais plus une toile collée au tronc, c’est l’hôtel quatre étoiles.
Les graviers par-dessus, sur une allée, tiennent la toile et font propre, ce que Madame apprécie. Ça pèse aussi, et le jour où vous voudrez enlever la toile il faudra d’abord enlever les graviers. J’y ai pensé trop tard une fois, et ça m’a coûté deux heures de seaux. Depuis, je réserve le combiné toile tissée plus gravier aux allées dont je sais qu’elles sont définitives, et les carrés du potager restent à la paille.
Au potager, à la rigueur, une toile tissée entre les rangs le temps de la saison des courges. Pas trois ans. Sur les légumes je veux pouvoir toucher la terre, la griffer, semer un navet sans découper un tapis. La toile permanente, c’est pour le massif et le chemin, jamais pour la mâche.
Trois toiles, un tableau d’achat
Ce que je ne rachète plus, en vrac : le non tissé 30 g en promo trois rouleaux pour le prix d’un, la toile déjà trouée dans son sachet, le plastique lisse type bâche de chantier qui ne respire pas, et le « biodégradable » en papier qui a tenu jusqu’à la première orage avant de finir en bouillie. Un GroundMaster ou un tissé 100 à 130 g, un seul rouleau, plus les agrafes, un recouvrement correct et un peu de gravier ou de paille dessus, et je m’arrête là.
Les herbes passent quand même, il faut être honnête. Dans les fentes, dans les croix trop larges, et sur les bords là où la toile s’arrête. Le chiendent se faufile, le liseron aussi. Une toile n’est pas un désherbant, c’est une ombre. Les mauvaises herbes de la pelouse relèvent d’un autre sujet ; sur un massif, je tire simplement ce qui sort du trou et je ne pulvérise rien « pour aider la toile ».
Au bout de deux ou trois ans, même une tissée en 130 g finit par avoir des herbes dessus, dans la poussière qui s’est accumulée : un peu de terre, quelques graines, et ça lève sur la toile. Je balaie, je tire, et je ne rachète pas un rouleau pour autant, je nettoie. Ce qui m’ennuie davantage, c’est le sol laissé trop longtemps sous une toile sans rien d’autre : il s’appauvrit en surface, il y a moins de vers, et l’eau entre moins bien par endroits. C’est exactement pour ça que je ne recouvre pas tout le jardin.
| Critère | Tissée 100 à 130 g | Non tissé 30 à 50 g | Bâche lisse / papier « bio » |
|---|---|---|---|
| Ce que je lis | Grammage + trame visible | Grammage + « feutre » | Étanchéité, zéro souffle |
| Durée vue | Allée 2 à 3 ans si agrafée | Souvent le 2e été en lambeaux | Orage, puis bouillie ou fragments |
| Pose | Recouvrement 10 à 15 cm, U tous les 40 à 50 cm | Facile, trop facile | Je ne repose plus |
| Usage | Chemin, massif, fraisiers | Un an sous BRF, puis sortie | Aucun au jardin |
| Prix que je paie | Un rouleau juste, pas cinq | Promo que je refuse | Déchet |
J’ai tenté de tout toileter une année, pour être tranquille. Tranquille, je l’ai été jusqu’en juin ; en août il y avait des fentes, en octobre des lambeaux, et en mars un chantier. Depuis j’en pose moins, mieux, et plus lourd. Le sol a besoin de voir le ciel de temps en temps : les chemins d’accord, un massif de groseilliers d’accord aussi avec un trou correct et un peu de BRF par-dessus, mais le grand carré du potager, je le laisse respirer.
En pratique
- Mesurez l’allée ou le massif avec 15 cm de marge de chaque côté. Un rouleau trop juste, c’est un joint qui s’ouvre.
- Achetez tissé, 100 g/m² au minimum, 130 g si la brouette passe tous les jours. Deux infos : grammage, trame visible.
- Prenez des agrafes en U longues, pas les petites. Comptez un U tous les 40 à 50 cm de bord, plus le milieu.
- Posez un samedi sans vent, sol griffé, cailloux pointus enlevés. Recouvrez les lés de 10 à 15 cm.
- Croix au collet, pas un trou de 20 cm. Un peu d’air. Paillis ou gravier par-dessus pour cacher le noir.
- Potager vivant : paille, pas de toile permanente. Toile entre les courges, une saison, éventuellement.
- Balaiez la poussière qui sème des herbes sur la toile. Tirez ce qui sort des fentes. Pas de désherbant « pour aider ».
- Au bout de deux ou trois ans, si ça s’effiloche, on sort, on ne recouvre pas un lambeau d’un autre lambeau.
Si vous posez pour la première fois, partez sur du tissé en 100 g au moins, mesurez avec de la marge et achetez des U assez longs. Recouvrez, marchez dessus, et si ça claque encore, agrafez davantage. Ce n’est pas un tutoriel de foire, c’est le geste qui vous évite le samedi aux lambeaux deux étés plus tard.
Je ne mets toujours pas de fiche produit ici : les rouleaux changent de nom, de largeur et de promo d’une saison à l’autre. Le grammage, lui, se lit sur l’étiquette, et c’est la seule chose que je regarde. Le guide du sol replace l’outil à sa place : la paille pour ce qu’on mange, la toile pour l’allée.